Hors-série "Marcher avec les philosophes"

Pèlerins et politiques

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Cet article est issu du Hors-série n°N°34 de Philosophie magazine « Marcher avec les philosophes », en kiosque le 21 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le pèlerinage n’a jamais été aussi populaire, et les marcheurs de Compostelle, au nombre d’une centaine par an au début des années 1980, étaient près de 300 000 en 2016. Quant aux marches civiques inspirées par Gandhi ou Martin Luther King, elles ont institué un modèle de protestation politique qui continue d’inspirer les citoyens dans le monde.

 

Alphonse Dupront (1905-1990)

Pèlerinage : Saint-Jacques-de-Compostelle


Spécialiste d’histoire médiévale, Dupront a étudié la persistance et les mutations du mythe de la croisade dans l’histoire, l’imaginaire et l’inconscient collectif, de l’Occident chrétien jusqu’à aujourd’hui. Il a ensuite tourné son regard vers les pèlerinages dans Saint-Jacques de Compostelle. La quête du sacré (1985). La route pèlerine, écrit-il, est « tout ensemble route sacrale, route épique et route de mémoire ». Et il ajoute, parce qu’il y a été sensible comme tout marcheur : « la marche à Compostelle est aussi une marche à l’étoile : des milliers et des milliers qui fixent au ciel la route de la terre, une route, elle, qui dans le ciel va droit au terme. » La Voie lactée en somme. 

 

Édith de La Héronnière (1946-)

Pèlerinage : Saint-Jacques de Compostelle


Écrivaine, élève de Jankélévitch, elle rédige une thèse qui s’intitule Le Difficile et l’Impossible dans la vie morale. Le difficile, elle l’observe sans doute pendant trois mois au printemps 1977 lors d’un voyage à Compostelle. Elle reporte ses observations dans La Ballade des pèlerins (1993) : « À peine arrivés, il leur fallait repartir dans l’autre sens. Le geste était gratuit et de surcroît parfaitement inutile. Peu leur importait. Ils avançaient sans relâche, tendus vers leur but, comme débarrassés du souci d’arriver. Sans doute n’imaginaient-ils pas d’atteindre un jour la ville et ce tombeau dont le bruit courait qu’il était vide. » Une marche dénuée de sens ; pourtant, elle-même reconnaît qu’« aucune raison ne suffisait à remplir l’abîme creusé par le désir de partir. » 

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