La grande question
Peut-on dire du mal des morts ?
© Veit Hammer/Unsplash
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Peut-on critiquer Jean-Luc Godard ou la reine d’Angleterre alors qu’on vient à peine de sceller leur cercueil ? A-t-on le droit de s’en prendre à ceux qui, par définition, ne peuvent plus répondre de leurs actes et se défendre ? Nos pistes de réponses à ces questions morales et métaphysiques.
Deux célébrités doivent en ce moment se retourner dans leur tombe. Le metteur en scène Jean-Luc Godard, donc l’acteur Gérard Darmon a dénoncé l’antisémitisme dans l’émission de télévision C à vous, et la reine d’Angleterre, qui s’est vue moquée et critiquée sur Twitter, notamment par la communauté irlandaise, fermement opposée à la monarchie. Concernant la légitimité de ces critiques, deux visions s’opposent. D’un côté, les partisans de la décence, qui préconisent de « laisser les morts là où ils sont », et, de l’autre, ceux qui enjoignent à l’honnêteté, considérant que la mort n’efface pas les fautes du défunt. Le décès doit-il marquer une « trêve » des critiques ? Ou est-il, à l’inverse, l’occasion de revenir en détail sur les paroles et les accomplissements positifs comme négatifs d’une personnalité ?
Des morts pacifiés et glorieux
« Repose en paix. » Le message gravé sur les tombes ne peut être plus clair. Le décès sonne la fin de la guerre. Le royaume des morts serait à première vue un havre de paix, loin du bruit du monde et des petites médisances mesquines. Selon Sénèque, l’idée même de la mort est donc censée apaiser les colères du passé : « Peux-tu rien souhaiter à ton ennemi de plus que la mort ? Eh bien ! Tiens-toi tranquille, il mourra sans toi. », écrit-il dans son traité De la colère.
“On n’en a plus contre les morts, puisqu’ils ont subi la dernière peine et ne peuvent plus éprouver de souffrance, ni reconnaître notre vengeance ; or c’est là le but que poursuivent les gens en colère”