Élections en Allemagne

Philip Manow : “Une collaboration avec l’AfD serait une mission suicide pour la coalition de Merz”

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Philip Manow : “Une collaboration avec l’AfD serait une mission suicide pour la coalition de Merz”

Friedrich Merz, président de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et futur chancelier (selon la logique du système électoral allemand), lors de sa première conférence de presse au lendemain du scrutin des élections législatives en Allemagne, le 24 février 2025. © DTS News Agency Germany/Shutters/Sipa

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Pour le politologue Philip Manow, la poussée historique du parti d’extrême droite AfD aux élections fédérales de dimanche 23 février, en Allemagne, est davantage le symptôme que la cause d’un déficit démocratique outre-Rhin. Selon lui, le futur gouvernement sera confronté à trois défis majeurs : l’immigration, la stabilité économique et la crise de la représentation.


 

Avec 28,5% pour la CDU/CSU [la droite traditionnelle allemande, chrétienne-démocrate] et 20,8% pour l’AfD [l’extrême droite], suivi d’une SPD [les socialistes] à seulement 16,5 %, le champ des forces politiques allemandes s’est considérablement modifié. Que nous dit ce résultat sur l’état actuel de la démocratie en Allemagne ?

Philip Manow : Notre société, comme celle de nombreux autres pays, se déplace vers la droite. Cela reflète principalement le fait que de nombreuses personnes étaient insatisfaites de la politique dans de nombreux domaines – à l’est plus qu’à l’ouest, manifestement. La confiance dans la démocratie disparaît lorsqu’elle se révèle incapable de trouver des solutions crédibles et efficaces à certains problèmes, aujourd’hui notamment sur les questions économiques et migratoires. Ceux qui s’obstinent à réduire l’AfD à un problème pour la démocratie feraient mieux de s’intéresser à ce qui explique son succès. Considérer en soi le glissement vers la droite comme une menace pour la démocratie serait une appréciation très unilatérale.

“Notre société, comme celle de nombreux autres pays, se déplace vers la droite”

 

Dans quelle mesure la crise de la représentation que vous décrivez souvent se manifeste-t-elle ici ?

Il convient peut-être de préciser qu’avec 82,5% des électeurs qui ont voté, nous avons eu le taux de participation [à une élection fédérale] le plus élevé depuis la réunification de 1990. Cela témoigne d’un très haut degré de politisation de notre société. D’une part, on peut dire que le est pays en ébullition. D’autre part, de nombreux citoyens ont manifestement eu le sentiment que l’enjeu était de taille et ont donc choisi de participer à la formation de la volonté politique. C’est une bonne chose. Désormais se pose la question de la représentation : maintenant que, dans un langage un peu archaïque, « le souverain a parlé », comment ce résultat électoral sera-t-il mis en œuvre ? Les cotations tricolores [entre les sociaux-démocrates du SPD, les libéraux du FDP et les écologistes de Die Grünen, dont l’alliance a permis à Olaf Scholz de devenir chancelier en 2021] ont été possibles, du point de vue de l’arithmétique, grâce au clivage à droite. L’Agenda 2010 [ensemble de réformes de détricotage de l’État social menées par le chancelier socialiste Gerhard Schröder entre 2003 et 2005, très critiquées à gauche] avait d’abord renforcé les divisions à gauche. C’est ce qui a rendu possible les gouvernements Merkel. Tantôt, la société se déplace plutôt vers la gauche et obtient une coalition de centre-droit, tantôt elle se déplace vers la droite et obtient d’abord une coalition de centre-gauche. Aujourd’hui, seule une GroKo [« große Koalition », une grande coalition entre la gauche et la droite] résiduelle très réduite est possible. La question est de savoir si les signaux ont été compris et si le futur gouvernement trouvera de vraies réponses aux problèmes urgents.
 

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