Entretien

Philippe-Joseph Salazar : “En Syrie, l’islam radical utilise la rhétorique policée de la gestion de crise”

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Philippe-Joseph Salazar : “En Syrie, l’islam radical utilise la rhétorique policée de la gestion de crise”

Philippe-Joseph Salazar. © Olivier Roller/Divergence

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Pour le philosophe spécialiste de la parole Philippe-Joseph Salazar, auteur de Contre la rhétorique (Éditions du Cerf, 2024) et de Paroles armées. Comprendre et combattre la propagande terroriste (Lemieux, 2015), le chef des rebelles islamistes qui ont fait chuter le régime de Bachar el-Assad, en Syrie, utilise la rhétorique policée de la négociation et de la gestion… mais n’a pas abandonné ses ambitions radicales de rassemblement de la communauté musulmane.


 

Le chef des rebelles islamistes, Ahmed Hussein al-Shara – plus connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Joulani –, parvient déjà à nouer des relations diplomatiques avec l’Occident, malgré son affiliation passée avec le califat de l’État islamique (Daech). Comment l’expliquer ?

Philippe-Joseph Salazar : En apparence, il semble vouloir s’écarter de la dimension eschatologique de l’État islamique. Il se présente en émir dans la mosquée des Omeyyades, il s’habille normalement et veut apparaître comme un chef de guerre, pas en imam. Lorsqu’Abou Bakr al-Baghdadi instaure le Califat en 2014, il use de la rhétorique de la proclamation. Dans la très sainte mosquée de Mossoul, il monte en chaire, vêtu d’une toge, pour le sermon du vendredi afin de célébrer l’indépendance de l’islam un 4 juillet, à dessein, le jour de la fête de l’indépendance américaine. Et pendant des années, le calife s’est exprimé avec cette noblesse religieuse, dans ses discours, ses cantillations ou les nachîds. Al-Shara (al-Joulani), lui, reste un fervent croyant, mais il ne s’est pas proclamé calife. Il a repris son nom de famille, se référant à une lignée d’activistes, de résistants. Surtout, il a opté pour une rhétorique managériale. En quelques minutes, le dimanche de sa victoire, il a délivré son plan en puisant dans le discours international de la négociation et de la gestion. L’État islamique, lui, n’a pas disparu : il est mené par un quatrième calife et a même envoyé une note à la fois diplomatique et circonspecte sur la victoire des rebelles en Syrie, précisément parce qu’ils n’affichaient pas suffisamment leur appartenance à l’islam.

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