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Philosophie de “Friends”

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Philosophie de “Friends”

Le casting de la série Friends lors de la première saison, en 1994 - De gauche à droite : Matt LeBlanc (Joey Tribbiani), Lisa Kudrow (Phoebe Buffay), David Schwimmer (Ross Geller), Matthew Perry (Chandler Bing), Courteney Cox (Monica Geller) et Jennifer Aniston (Rachel Green). © Warner/Collection ChristopheL via AFP.

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Alors que la série culte des années 1990 revient pour un épisode en ce jeudi 27 mai 2021, nous avons dressé un portrait philosophique de ses personnages emblématiques. De Monica l’aristotélicienne à Ross en disciple de Kierkegaard, voyons quels rapports au monde ils projettent.

 

Joey Tribbiani, bon sauvage ou cynique ?


Joey Tribbiani (Matt Le Blanc) dans ses œuvres (extraits en anglais)


Avec son célèbre « How you doin’ » souligné d’un sourire éclatant, il les fait toutes tomber à ses pieds. Mais il confond aussi le Met(ropolitan Museum) – musée new-yorkais – avec les Mets, équipe de base-ball de la Grosse Pomme, et prend le temps d’un épisode entier avant de comprendre comment mimer des guillemets à propos. Ce qui le sauve ? Sa bonté et sa loyauté à toute épreuve. Sa naïveté enfantine a quelque chose de l’homme non encore corrompu par la civilisation, que Rousseau décrit dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes : 

« En dépouillant cet être, ainsi constitué de tous les dons surnaturels qu’il a pu recevoir, et de toutes les facultés artificielles qu’il n’a pu acquérir que par de longs progrès en le considérant, en un mot, tel qu’il a dû sortir des mains de la nature, je vois un animal moins fort que les uns, moins agile que les autres, mais, à tout prendre, organisé le plus avantageusement de tous. Je le vois se rassasiant sous un chêne, se désaltérant au premier ruisseau, trouvant son lit au pied du même arbre qui lui a fourni son repas, et voilà ses besoins satisfaits. » 

Remplacez « repas » par « sandwich », et ne lisez-vous pas le portrait craché de Joey ? L’acteur de soap opera n’aime rien tant que prendre son plaisir quand et où bon lui semble, c’est-à-dire vivre comme un chien. Ce qui n’a rien d’une insulte. C’est au contraire ce que revendiquaient les cyniques grecs (du grec kûon, chien). Joey évoque un Diogène qui lâcherait à tout opportun qui l’empêcherait d’avaler sa deuxième pizza de la journée ou de se masturber devant un film porno : « Ôte-toi de mon soleil », l’accent du Queens en sus. 

 

Monica Geller cuisine Aristote


Monica Geller (Courteney Cox) face à son père.


Elle en a agacé plus d’un, avec son obsession pour le ménage et son esprit de compétition maladif. Mais à chaque scène de famille entre les Geller, on comprend d’où lui vient ce besoin de briller, dans tous les sens du terme. Monica est régulièrement et injustement sous-estimée par ses parents, qui n’ont d’yeux que pour leur fils ainé, le talentueux professeur de paléontologie Ross. Pourtant, Monica est une chef cuisinière réputée, d’abord traiteur en free lance, puis à la tête d’un restaurant chic de Manhattan. Mais rien à faire. Ross reste le chouchou, le « miracle médical » de ses parents qui pensaient ne jamais avoir d’enfants. À plusieurs reprises, Monica s’indigne de ce traitement de faveur : n’a-t-elle pas aussi droit aux encouragements, aux félicitations, à la reconnaissance ? Ce désir de recevoir ce qui lui semble être son dû rappelle la conception aristotélicienne de la justice, que le philosophe grec développe dans l’Éthique à Nicomaque. Chez Aristote, la justice est distributive, c’est-à-dire qu’elle s’assure que chacun obtienne ce qui lui est dû en fonction de son mérite. Elle sert à corriger une inégalité, mais dans un souci de proportion : 

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