Archéologie

Pourquoi des menhirs ?

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Le cromlech de Guadalperal, à El Gordo (Espagne), le 13 août 2022. Sous les eaux du lac de barrage de Valdecañas depuis 1963, il n’est visible qu’en période de basses eaux

Le cromlech de Guadalperal, à El Gordo (Espagne), le 13 août 2022. Sous les eaux du lac de barrage de Valdecañas depuis 1963, il n’est visible qu’en période de basses eaux. © AP Manu Fernandez/Sipa

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Pourquoi certains de nos lointains ancêtres érigeaient-ils des menhirs ? À défaut de témoignages écrits en provenance de l’époque néolithique, la question risque fort de ne jamais trouver de réponse définitive. Cela étant, la plupart des anthropologues s’accordent à reconnaître aux sites mégalithiques une fonction religieuse.

 

La pierre elle-même, dans les religions mégalithiques, devient le signe du divin, la forme de la manifestation de la présence des puissances surnaturelles sur terre, comme le note Mircea Eliade dans son Traité d’histoire des religions (1949) : « Une pierre se révèle sacrée parce que sa simple existence est hiérophante [faisant apparaître les dieux] : irréductible, invulnérable, elle est ce que l’homme n’est pas. Elle résiste au temps ; sa réalité est couplée à la pérennité. » La pierre érigée est en particulier le lieu de rencontre entre les forces cosmiques immanentes à la nature. Le mégalithe est le « lieu privilégié qui permet la communication avec les cieux et le monde souterrain, avec les dieux, les déesse chthoniennes et l’esprit des morts ». Le menhir est « le lien entre les forces de la terre déesse-mère dans laquelle elle est enfoncée, le monde des vivants par son affleurement au sol, et l’élévation vers les puissances spirituelles », remarque Jean Olléon dans Mégalithes et traditions religieuses et populaires en Livradois et Forez (1992). Rien d’étonnant, de ce point de vue, dans l’hypothèse qu’un site comme Stonehenge ait pu servir de véritable calendrier astral rendant manifeste le temps circulaire des cycles cosmiques. C’est cette relation qui s’ouvre dans les limites du site mégalithique : temple, espace délimité (en indo-européen, *temp « étendue », en grec témno, τέμνω, « couper »), dont la frontière sépare l’extériorité profane du centre sacré. « Est centre tout espace consacré […] où se vérifie une possibilité de rupture de niveau entre le ciel et la terre. »

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