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Pourquoi l’Univers existe-t-il ? Le testament de Stephen Hawking
Le quintette de Stephan, un groupe visuel de cinq galaxies. Les informations fournies par le télescope spatial James-Webb permettent de mieux comprendre comment les interactions galactiques ont pu déterminer l’évolution des galaxies au début de l’Univers. © NASA, ESA, CSA et STScI
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Au moment de sa mort, en 2018, l’astrophysicien Stephen Hawking avait esquissé une conception révolutionnaire de l’origine du temps et de l’Univers. Son collaborateur Thomas Hertog met au jour cette aventure intellectuelle dans L’Origine du temps (Odile Jacob). Passionné par les grandes théories de la physique, le philosophe Francis Wolff l’a lu pour nous.
L’acte de décès le plus célèbre de la métaphysique classique se situe dans la Critique de la raison pure de Kant. Plus précisément dans les « Antinomies de la raison pure » où Kant, reprenant quatre questions classiques de la cosmologie, montre qu’il est tout aussi possible de démontrer rigoureusement la thèse que l’antithèse, par simple réfutation de la position adverse. Ainsi en va-t-il, par exemple, de la question de l’origine du temps et de l’espace : le monde a forcément un commencement dans le temps, montre-t-il, puisqu’il est absurde de supposer une série infinie d’états passés – ce qui rendrait toute naissance du monde impossible. Inversement, le monde ne peut pas avoir de commencement, car il serait absurde de supposer un temps vide « avant le temps » – ce qui rendrait également toute naissance du monde impossible. Voilà, selon Kant, les contradictions où la raison se perd lorsqu’elle s’aventure à faire des spéculations portant sur ce qui est au-delà de l’expérience humaine. Et il faut avouer que, depuis lors, peu de philosophes se sont risqués sur le terrain de la cosmologie et ont prétendu trancher de la question de l’origine du monde et donc du temps.
Tel n’est pas le cas des physiciens. Sur ce terrain comme sur d’autres, les objets que les doctrines métaphysiques ont abandonnés, les théories scientifiques les ont repris à leur manière. La cosmologie théorique est donc, depuis le deuxième tiers du siècle dernier, une science physique. Elle demeure certes hautement spéculative, mais elle s’efforce de prendre en compte, autant que faire se peut, toutes les données observables et de se formuler mathématiquement comme toutes les autres théories physiques. Ce livre de bonne vulgarisation de Thomas Hertog L’Origine du temps (éd. Odile Jacob, 2023, traduit de l’anglais par Marcel Filoche) expose ainsi « la dernière théorie de Stephen Hawking » (c’est le sous-titre de l’ouvrage), celle qui devait se substituer à l’antérieure, exposée dans le livre qui l’avait rendu célèbre, Une brève histoire du temps (1988, trad. fr. disponible Champs, Flammarion).