Reportage
Premier “concert-test” de France : les cobayes de la culture
Le “concert-test” d'Indochine, samedi 29 mai 2021, à l’AccorHotels Arena, à Paris. © Pierre Terraz
Cet article est réservé aux abonnés.
Ce week-end, pour la première fois depuis plus d’un an, 5 000 personnes se sont rassemblées pour un concert d’Indochine sans distanciation sociale, à Paris — après un tirage au sort des participants et l’adhésion de chacun à un suivi médical strict sur deux semaines. Ce « concert-test » était avant tout une expérimentation médicale, durant laquelle nous avons tous consentis à être les cobayes. Mais pour beaucoup, il était surtout question de se retrouver. Choses vues et entendues sur place.
Jeudi 27 mai, il est 14h30. Nous sommes deux jours avant le concert, mais je sors déjà de l’AccorHotels Arena où j’ai dû venir valider mon inscription en personne. C’est dans cette immense salle de spectacle qu’aura lieu le moment que j’imagine comme historique. Étrange sentiment pour quelqu’un comme moi, qui était habitué à fréquenter les concerts « avant-pandémie », de se retrouver à nouveau dans un tel lieu. J’ai déjà hâte d’y être, samedi, même si je ne suis pas encore sûr d’être sélectionné parmi l’échantillon final de participants. Pour l’instant, j’ai simplement passé une heure (top chrono) sur place à écouter des consignes minutieusement récitées, à signer un formulaire de consentement que je n’ai pas eu le temps de lire, et à fournir plusieurs papiers : certificat de domicile, carte vitale… sans échapper, bien sûr, au fameux test nasopharyngé pour vérifier que je suis bien « négatif » au virus. Je repars avec deux auto-tests salivaires supplémentaires, à réaliser avant et après le concert, et un léger pincement au cœur de voir cette salle métamorphosée en laboratoire de dépistage géant. La réponse tombe le lendemain matin : comme 5 000 autres heureux élus, je verrai Indochine en vrai. Les 2 500 restants devront se contenter d’une retransmission en « live », chez eux, tout en poursuivant quand même jusqu’au bout le protocole médical pour lequel nous avons tous signé au départ. Il s’agira, pour les scientifiques, de comparer le taux de positivité des deux groupes, et d’envisager la possibilité d’une reprise des concerts tels que nous les connaissions, en fonction des résultats.

Deux jours avant le concert, les aspirants spectateurs doivent se plier à une batterie de tests médicaux, à l’AccorHotels Arena. © Pierre Terraz
Un concert pour la science ?
Nous sommes samedi, il est 16h30. J’arrive à Bercy billet en poche. L’agglutinement en file indienne a déjà commencé devant la salle et descend jusqu’au métro. Rien de surprenant jusqu’ici, si ce n’est la présence d’une quantité à mon sens exagérée de CRS pour canaliser le monde et faire garder leur masque aux fumeurs invétérés ainsi qu’aux buveurs de bière. Des bénévoles de l’AP-HP – l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, promoteur du concert – appellent eux aussi la foule à rester bien en rang et nous dirigent par petits groupes vers différents points d’accès. Les quelques passants qui n’étaient pas au courant de l’événement paraissent ahuris. Nous sommes, dans l’ordre : désinfectés, scannés, puis enfin jetés dans la fosse, après que chacun a reçu deux masques chirurgicaux et une bouteille d’eau.