Environnement
"Printemps silencieux" : comment l'Europe a causé la disparition de 800 millions d’oiseaux
© David Clode/Unsplash
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20 millions : c’est la baisse annuelle moyenne des populations d’oiseaux depuis quarante ans, selon une récente étude du CNRS. Un cri d’alarme qui fait écho à celui que lançait la biologiste Rachel Carson, l’une des premiers lanceurs d’alerte écologistes, il y a déjà 60 ans.
800 millions : c’est le nombre d’oiseaux qui ont disparu en Europe en l’espace de quatre décennies, soit une baisse de 25%. Ce sont les conclusions d’une étude du CNRS parue dans la revue PNAS portant sur 170 espèces aviaires, dans 20 000 sites répartis entre 28 pays. Le recul est tout particulièrement inquiétant pour les espèces peuplant les territoires agricoles (-60%).
Comment expliquer cette disparition ? L’équipe a étudié l’impact de quatre facteurs anthropiques constituant, pour les volatiles, un « cocktail » nocif : augmentation des températures, urbanisation, déforestation, pratiques agricoles. Et d’insister tout particulièrement sur « l’augmentation de la quantité d’engrais et de pesticides utilisée par hectare » : « Les recherches montrent que l’effet néfaste dominant est celui de l’intensification de l’agriculture. […] En effet, engrais et pesticides peuvent perturber l’équilibre de toute la chaîne alimentaire d’un écosystème. »
Extinction sans rébellion
Il y a soixante ans, en 1962, la biologiste Rachel Carson (1907-1964), pionnière de la prise de conscience écologique, alertait déjà sur les impacts des pratiques agricoles. En ouverture de son ouvrage marquant, Printemps silencieux (1962), elle conte l’histoire d’une petite ville américaine « au centre d’un damier de fermes prospères, avec des champs de céréales et des coteaux de vergers où, au printemps, des nuages blancs de fleurs flottaient au-dessus des champs verts ». Pendant longtemps, la vie y était douce ; « Et puis un mal étrange s’insinua dans le pays, et tout commença à changer. […] Il y avait un étrange silence dans l’air. Les oiseaux par exemple – où étaient-ils passés ? On se le demandait, avec surprise et inquiétude. Ils ne venaient plus picorer dans les cours. Les quelques survivants paraissaient moribonds ; ils tremblaient, sans plus pouvoir voler. Ce fut un printemps sans voix. »