Proust et l’Affaire Dreyfus
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Proust, comme la plupart de ceux qui le seront, ne devient dreyfusard qu’en 1897, lorsqu’il apprend que le bordereau exhumé des poubelles de l’ambassade d’Allemagne, sur lequel Dreyfus fut convaincu de haute trahison, est un faux. Désormais, dans le combat pour la révision du procès de 1894 au terme duquel Dreyfus fut condamné, puis dégradé et déporté en Guyane, Proust se donnera sans compter.
Querelle autour du mot « intellectuel »
« Proust compte parmi les tout premiers signataires de la série de pétitions qui, dès le lendemain du tonitruant “J’accuse !” de Zola (13 janvier 1898), en appellent à la révision du procès du capitaine Dreyfus et passeront à la postérité sous le nom de “protestations des intellectuels” ». C’est sous la plume de Georges Clemenceau, éditorialiste de L’Aurore, que le mot, sous une forme substantivée peu usitée, surgit ; le 23 janvier. Il écrit en effet : « N’est-ce pas un signe, tous ces intellectuels venus de tous les coins de l’horizon qui se groupent sur une idée ? » À peine introduit, le mot met le feu aux poudres. Après Maurice Barrès, Ferdinand Brunetière, le directeur de la Revue des deux mondes met en cause la légitimité desdits intellectuels à se mêler des affaires publiques : de quel droit ces hommes qui « vivent dans les laboratoires et les bibliothèques » pourraient-ils prétendre à un jugement plus autorisé que tout autre ?