Hors-série "S'initier à la philosophie"

Que signifie être libre ?

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Cet article est issu du Hors-série n°N°59 de Philosophie magazine « S’initier à la philosophie », en kiosque le 16 novembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Spinoza, la liberté suppose d’agir en conscience. Un siècle plus tard, John Stuart Mill déplace la question sur le plan politique : on peut faire et dire ce que l’on veut, tant que cela ne nuit pas à autrui.

 

L’esclavage du bon plaisir

« On pense en effet que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de ne rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire esclavage, et la liberté n’est qu’à celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire à l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un État et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit en esclave inutile à lui-même, mais un sujet. […] De même encore les enfants, bien que tenus d’obéir aux commandements de leurs parents, ne sont cependant pas des esclaves ; car les commandements des parents ont très grandement égard à l’utilité des enfants. Nous reconnaissons donc une grande différence entre un esclave, un fils et un sujet, qui se définissent ainsi : est esclave qui est tenu d’obéir à des commandements n’ayant égard qu’à l’utilité du maître commandant ; fils qui fait ce que lui est utile par le commandement de ses parents ; sujet enfin, qui fait par le commandement du souverain ce qui est utile au bien commun et par conséquent aussi à lui-même. » Spinoza, Traité théologico-politique, 1670.

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