La notion

Qu’est-ce que l’“éropolitique”, le concept qui réconcilie la politique et le désir ?

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Qu’est-ce que l’“éropolitique”, le concept qui réconcilie la politique et le désir ?

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Cet article est issu du numéro 190 de Philosophie magazine « Comment se changer les idées ? », en kiosque le 28 mai 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Désir et politique font-ils bon ménage ? Pas vraiment, à première vue : ne vivons-nous pas à l’heure du capitalisme libidinal qui, ayant appris à manipuler les appétits et à créer pour son profit de faux besoins, engendre une société hédoniste de consommateurs passifs, où la politique peine précisément à trouver sa place ? C’est contre ce lieu commun que la chercheuse en philosophie et militante féministe Myriam Bahaffou défend une « éropolitique » dans un ouvrage qui vient de paraître (aux éditions Le Passager Clandestin). La notion, qui a essaimé à la fin des années 2010, se retrouve notamment dans un autre essai, Between Earth and Empire (2019, non traduit) du philosophe américain John P. Clark. Pour Myriam Bahaffou, abandonner le désir, au motif qu’il peut parfois se muer en vecteur de domination, revient à renoncer à cette force « révolutionnaire » nous permettant d’ouvrir de nouveaux horizons politiques. Gilles Deleuze ne disait pas autre chose : « Le désir est révolutionnaire », parce qu’il « veut toujours plus de connexions et d’agencements ». Il est un élan qui pousse à créer des liens inédits, souvent réprimés par les organisations sociales établies. « Désirer […], c’est construire un ensemble », un monde nouveau. Soit aux antipodes de l’égoïsme étriqué, de l’hyperindividualisme, de la quête effrénée du plaisir. Désirer, c’est au contraire « devenir-monde » et « devenir tout le monde ». Pour Myriam Bahaffou, l’éropolitique est nécessairement écologique et décoloniale. Deleuze lui aurait assurément donné raison : désirer, c’est sortir d’un soi figé dans son identité et aller vers l’« autre », se laisser « contaminer » et transformer par lui. 

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