Rapport sur les inégalités
Rapport du laboratoire codirigé par Thomas Piketty : “Une utopie égalitaire peut être réaliste et rationnelle”
Florent Guénard. © Emmanuelle Marchadour/Divergence
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Pour Florent Guénard, philosophe auteur de La Passion de l’égalité (Seuil, 2022), le dernier rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales, co-dirigé par Thomas Piketty et Lucas Chancel, constitue une « utopie réaliste ». Elle contribue à une « culture publique de l’égalité » présentant de nombreux bienfaits environnementaux, politiques et même psychologiques.
Le rapport documente la trajectoire d’un monde décarboné où tous les habitants de la planète convergent, autour de 2100, vers 5 000 euros de revenu mensuel. Comment accueillez-vous ce document ?
Florent Guénard : Les économistes du Laboratoire sur les inégalités mondiales nous présentent une utopie égalitaire dans un monde qui ne l’est pas. Ils assument de construire un autre futur, contre les tendances du climato-scepticisme, des nationalismes populistes ou des techno-réactionnaires américains. Pourtant, nous sommes très loin des idéaux du socialisme utopique comme le Voyage en Icarie (1840) d’Étienne Cabet. Il ne s’agit pas ici de quitter le monde commun pour imaginer un idéal où seraient refondés les rapports sociaux selon de grands et nouveaux principes. Le rapport donne un programme. Avec le bon instrument politique international, son système d’impôts mondiaux sur la fortune et les revenus, avec une bonne redistribution de ces richesses et un bon fléchage de l’investissement vers la transition écologique, l’éducation et la santé, les économistes montrent qu’un tel monde est possible. La vertu d’une telle approche est de nous montrer que les inégalités économiques sont le produit de nos décisions politiques. Elles ne sont pas naturelles. Au sein d’une même entreprise, par exemple, il n’y a aucune raison de penser qu’il est naturel que le gestionnaire gagne cinq fois plus qu’un travailleur. Ils ont besoin l’un de l’autre pour que le tout fonctionne.
“Avec une bonne politique internationale, un système d’impôts mondial, une bonne redistribution des richesses et des investissements vers l’écologie, l’éducation et la santé… un monde égalitaire est possible !”