Repérages / novembre 2018
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Cet article est issu du numéro 124 de Philosophie magazine « Avons-nous besoin des élites ? », en kiosque le 25 octobre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’image/Banksy le Cynique
Une forme de tendresse se dégage de cette œuvre du street artist britannique Banksy, intitulée Girl with Balloon (« Fille avec ballon »). Maintenant, imaginez-la tailladée… C’est un événement surréaliste qui s’est produit à Londres le 5 octobre dernier. Chez Sotheby’s, vénérable société d’enchères, une reproduction de cette création venait tout juste d’être adjugée pour 1,2 million d’euros. Quand, soudain, la toile s’est mise à s’autodétruire : une broyeuse à papier avait été dissimulée dans le cadre doré, et le précieux objet a été partiellement réduit en lamelles. Stupéfaction dans la salle ! Par ce geste qui s’apparente à une performance, le mystérieux Banksy, dont on ignore toujours l’identité, a certainement voulu dénoncer une fois de plus le marché de l’art et ses prix mirobolants ; en 2013, à New York, il avait mis en vente des toiles pour… 60 dollars – seules sept avaient trouvé preneur. Cette démarche a quelque chose de cynique, non pas au sens contemporain, mais antique. La figure de proue du cynisme grec, Diogène, était un provocateur qui faisait de sa vie un scandale permanent – il tançait ses semblables ou se masturbait en public… Sa devise ? Il faut « falsifier la monnaie », c’est-à-dire renverser les valeurs établies. D’où une dénonciation constante des conventions sociales ou de l’argent, cette « métropole de tous les vices ». Pour Diogène, il est nécessaire de revenir à une vie conforme à la nature, à la matérialité ; ici, l’artiste semble dire qu’une œuvre, précisément, ce n’est que du papier, et que le marché de l’art est une machine spéculative totalement déconnectée du réel. Ironie suprême, et assez prévisible, de l’histoire : depuis le coup d’éclat de Banksy le Cynique, la cote de l’œuvre a encore grimpé…