Revue de presse
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Cet article est issu du numéro 7 de Philosophie magazine « 7 - mars 2007 », en kiosque le 22 février 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Société
L’imaginaire du cancer
« Nous sommes 2 millions de héros ordinaires » : avec ce slogan décliné en affiches sur les abribus et les murs des villes, en spots publicitaires, l’Institut national du cancer emploie des moyens conséquents pour « changer l’image du cancer » (www.e-cancer.fr/herosordinaires).
Plus que des héros, les malades du cancer ne sont rien moins que les anti-héros de notre société où domine l’injonction à la réalisation de soi et à l’épanouissement. Le cancer, comme le sida, est une pathologie qui occupe une place prépondérante dans l’imaginaire collectif : comment un organisme en vient-il à se rebeller contre lui-même ? D’un point de vue fantasmatique, la tumeur, la métastase ne seraient-elles pas une traduction de la lutte qui oppose chaque sujet à lui-même ? Selon une opinion répandue, le cancer entretiendrait des rapports étroits avec le mal-être. On ne deviendrait pas cancéreux par malchance, mais parce qu’on est coupable, vis-à-vis de soi-même et des autres, d’avoir mal vécu. Un best-seller – Mars de Fritz Zorn – a popularisé cette représentation. Dans ce récit autobiographique paru en 1976, à la mort de l’auteur, le Zurichois s’en prenait au corset de son éducation grand-bourgeoise, aux interdits qui ont pesé sur ses pulsions, et établissait un lien entre son refoulement et son cancer.