Sa majesté démocratique
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Cet article est issu du numéro 10 de Philosophie magazine « 10 - juin 2007 », en kiosque le 31 mai 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Paradoxe du pouvoir : son apparence et sa réalité coïncident rarement. Ainsi, la « banalitude » de nos hommes politiques n’a d’égale que la force de l’assentiment démocratique qu’ils récoltent. Inversement, la pompe des tyrans masque leur fragilité.
De toutes les pathologies de la démocratie, la plus sympathique est, à n’en pas douter, l’exhibitionnisme des candidats à l’élection présidentielle ; on les voit dans Gala, ils vont chez Ardisson, on les « shoote » sur la plage, au foot, en vacances, à la maison, au quotidien ou en caleçon… Un Président ? D’accord, mais alors un « Président-citoyen », un Président comme tout le monde, un roi comme toi et moi. À l’ère de l’immédiat, la course à la magistrature suprême n’est plus qu’une course à l’humilité, une escalade à l’ordinaire, un concours de lieux communs : voici mes enfants, voici mes soucis, voici mes chevaux, mes vaches et mes chiens... Ainsi va la démocratie d’opinion qui, insensiblement – de De Gaulle à « Ségo » – met ses élus sous tutelle, les surexpose et les appelle par leur prénom ; du bâton de Moïse ou du sceptre des rois, nous sommes passés au mariage de Nicolas, au pensionnat de Ségolène et aux branlettes (« manu militari » !) de Jean-Marie. Le suffrage universel avait enfanté les démagogues, Internet fabriqué des beaufs : quand tout le monde vote, c’est monsieur Tout-le-monde qui est élu, quand chacun participe, on élit tout un chacun. En passant la démocratie représentative au filtre de l’image, l’époque impose aux candidats qu’ils se dépouillent de l’apparat : « Si vous votez pour moi, vous voterez pour vous », promet l’impétrant disposé, pour être élu, à renoncer jusqu’au pouvoir lui-même.