Vos questions

Si, un jour, je n’ai plus envie de tuer pour ma patrie, pour mes enfants, pour me défendre ou pour manger, serai-je encore un homme ?

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Cet article est issu du numéro 50 de Philosophie magazine « 50 - juin 2011 », en kiosque le 25 mai 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Armand Boyé de l’iser de Kezmoriel, 42 ans, Metz (57)

Étrange emploi du mot « envie » (« envie de tuer ») dans votre question… Tuer « pour se défendre ou pour manger » est plutôt un besoin qu’une envie, besoin commun aux hommes et aux animaux. 

« Tuer pour ma patrie ou mes enfants », c’est autre chose. L’« envie » n’est-elle pas plutôt l’envie de défendre sa patrie ou de protéger ses enfants ? Ne doit-on pas la distinguer de l’envie de tuer elle-même ? 

Deux hypothèses s’offrent alors à nous. Première hypothèse, dite « patriote ». L’homme a d’abord envie de défendre sa patrie et de protéger ses enfants, et c’est pourquoi il tue – il tue : il accepte de tuer, il fait le choix de tuer, il est capable de tuer, voire, en effet, il a envie de tuer. Votre question devient : suis-je encore un homme si je ne suis plus capable de tuer pour défendre ma patrie ou assurer l’avenir de mes enfants ? Dans cette optique patriote, la réponse serait non, avec deux précisions. Ce qui me fait homme, n’est-ce pas d’être capable de me sacrifier, de mourir pour ma patrie ou mes enfants, plutôt que d’être capable de tuer ? C’est presque la même chose, mais pas exactement… Ensuite, comme le souligne Luc Ferry, les hommes sont encore capables de se sacrifier pour leur famille, mais plus pour leur patrie. Si un jour ils n’acceptent plus de se sacrifier pour leurs enfants, seront-ils encore des hommes ?

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