Biographie
Sigmund Freud. Le conquistador de l'âme
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Cet article est issu du numéro 36 de Philosophie magazine « 36 - février 2010 », en kiosque le 21 janvier 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Enfant, Sigmund Freud rêve d’archéologie ; il fouillera les méandres du psychisme. Neurologue, psychiatre, le découvreur de la psychanalyse est un travailleur acharné, alternant théories révolutionnaires et phases d’abattement. Entouré de disciples et d’opposants, il cultivera à la fin de sa vie un pessimisme amer.
« Je ne suis ni un véritable homme de science, ni un observateur, ni un expérimentateur, ni un penseur. Par tempérament, je ne suis qu’un conquistador. » (Lettre à Fliess.) Explorateur des « trésors enfouis au tréfonds » de l’âme humaine, Freud, après Copernic qui met la Terre en marge de l’Univers et après Darwin qui rend l’homme à sa modeste place dans l’évolution, est responsable, selon ses dires même, de la troisième grande blessure narcissique infligée à l’humanité.
Né le 6 mai 1856 à Freiberg (actuelle République tchèque) de Jakob Freud, un petit négociant en laine, et d’Amalia, troisième épouse de vingt ans sa cadette, Sigismund Schlomo Freud apprend vite les méandres que réserve la famille : ses demi-frères ont approximativement l’âge de sa mère, son neveu a le sien. Et si un jour son père professe, après qu’il a uriné dans la chambre de ses parents, qu’« on ne fera rien de bon de ce garçon » (L’Interprétation du rêve), il demeure le préféré d’une famille nombreuse qui met en lui beaucoup d’espoir. Dédaignant les cérémonies religieuses, la maisonnée vit dans « un judaïsme sans religion ». À l’horizon du foyer, des bois et de vertes collines laissent paraître au loin les sommets des Carpates. L’attachement à ce pays natal explique chez Sigmund, en qui « survit encore l’heureux enfant de Freiberg » (Correspondance), la peine causée par les déménagements à Leipzig, puis à Vienne.
«"Les Américains ne savent pas que nous leur apportons la peste" aurait dit Freud à Jung, lors de leur voyage transatlantique»
La Vienne d’alors est un refuge pour les Juifs d’Europe, et le libéralisme politique y triomphe. Mais il n’émane pas moins de ce centre intellectuel cosmopolite et bouillonnant un relent de judéophobie contre lequel Freud réagit en revendiquant, dès l’université, sa judaïté. Influencé par Darwin et son Origine des espèces, parue en 1859, il entre à la faculté de médecine par « amour de la nature », « mû par une sorte de désir de savoir », car il n’éprouve « aucune prédilection particulière pour le statut et l’activité de médecin » (Sigmund Freud présenté par lui-même). Il sort de l’université à 25 ans, après un détour humaniste et quelques lectures philosophiques et poursuit toutefois sa médecine, à Trieste, avec des recherches zoologiques… sur l’hermaphrodisme des anguilles ! À défaut de trouver le sexe caché des poissons, il succombe aux charmes des « divinités italiennes ». À son retour, il apprend la physiologie, étudie les neurones des écrevisses et rencontre le psychiatre Josef Breuer, qui devient son mentor. Sous son influence, Freud adopte la méthode positiviste et tente une explication physiologique de la vie mentale. Interrompu dans ses recherches par une année de service militaire, il traduit, l’ennui aidant, quatre essais du philosophe utilitariste britannique John Stuart Mill, puis passe, en 1881, ses derniers examens de médecine. Avec des résultats passables, il quitte le laboratoire pour l’hôpital.