(Contre-)enquête

Sparte est-il un modèle à imiter pour les puissances européennes ?

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Sparte est-il un modèle à imiter pour les puissances européennes ?

Coureuse spartiate. Statuette en bronze issue d’un atelier laconien (550-525 av. J.-C), conservée au British Museum de Londres (Royaume-Uni). © The Granger Coll NY/Aurimages

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De Jérusalem au continent européen, dirigeants et PDG rêvent de s’inspirer de Sparte et de sa présumée superpuissance. Une idée qui repose sur un certain nombre de clichés. L’ennemi juré d’Athènes était-il si belliqueux ? Et pourquoi y faire référence aujourd’hui ?


 

Les sociétés occidentales n’aiment rien tant que se comparer à l’Antiquité. Elles cherchent par exemple à savoir si elles agissent de manière impériale comme Rome, si elles se trouvent près du « seuil augustéen » menant à un empire, ou même si, vouées à la chute, elles entrent dans une « décadence romaine tardive ». Plus populaire encore est le recours à la Grèce, ce berceau de l’Occident le plus souvent identifié à Athènes. C’est là, dit-on, que tout aurait commencé : la démocratie, la philosophie et l’individu… au point que certains tracent une ligne directe « de Platon à l’Otan », comme l’affirmait le titre d’un ouvrage qui connut un certain succès il y a quelques années (David Gress, From Plato to NATO: The Idea of the West and Its Opponents, 1998).

Fort comme un spartiate ?

L’année dernière, nous avons toutefois assisté à l’essor d’une autre comparaison : celle avec Sparte, la grande rivale d’Athènes. En septembre 2025, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou déclarait : « Nous allons devenir une Athènes et une super-Sparte », sans préciser ce qu’il entendait exactement par là. Ses interprètes s’accordèrent rapidement sur l’idée qu’Israël, en tant que seule démocratie du Moyen-Orient (comme Athènes), ne ferait pas preuve de retenue sur le plan militaire (comme Sparte) et souhaiterait en outre parvenir à l’autarcie économique (donc devenir une « super-Sparte »). Sparte, historiquement, remporta la guerre du Péloponnèse contre Athènes parce qu’elle était plus aguerrie militairement. En temps de guerre, tel est le message implicite de Netanyahou : on ne peut pas se contenter d’un État idéal à l’athénienne. Il faut montrer les crocs, rester inflexible comme les Spartiates durant la bataille des Thermopyles, lorsque 300 d’entre eux affrontèrent l’armée perse.

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En mars dernier, c’est une manière de penser similaire qui semblait animer le groupe d’économistes, de PDG et de conseillers en sécurité qui présenta son rapport sur la politique européenne de sécurité intitulé « Strategic Protection and Advanced Resilience Technology Alliance ». En abrégé : « SPARTA ». Un acronyme certainement pas choisi au hasard. Selon ce document, l’Europe ne pourrait plus compter ni sur la bienveillance de Poutine ni sur le soutien de Trump et devrait devenir elle-même capable de se défendre, capable de faire la guerre comme ces Spartiates dont la force était redoutée dans la Grèce antique. De quoi inquiéter ceux qui critiquent les rêves de puissance des Européens : que se passerait-il si la droite arrivait au pouvoir en Europe ? On aurait alors, comme l’a pointé le politologue allemand Daniel Marwecki lors d’une conférence en novembre, créé une « Sparte de droite » — lourdement armée et militarisée, disciplinée et prête à frapper, comme le souhaite d’ailleurs depuis longtemps le mouvement identitaire. Celui-ci a en effet choisi comme symbole de sa résistance la lettre lambda, emblème de la Laconie (Lakedaimon), l’ancien nom de Sparte.

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