Spoiler. La morale de l’ignorance provisoire

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Spoiler. La morale de l’ignorance provisoire

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Cet article est issu du numéro 87 de Philosophie magazine « Guide d’autodéfense contre le fanatisme », en kiosque le 16 février 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Et là, on s’aperçoit que le coupable, c’est… » Non ! Couvrez ce rebondissement que je ne saurais voir ! Cependant, la surprise, la vraie, peut-elle se réduire aux coups de théâtre des fictions ? Réponses en fin de chronique…

De grâce, pas de spoiler ! Préservez mon ignorance. Ne me gâchez pas le plaisir de découvrir qui a trahi Jack Bauer, ne me révélez pas si Dexter finit par se faire prendre… Ne tuez pas la surprise. Sachez savoir en silence et laissez-moi croire (que je crois) que tout n’est pas déjà écrit.

De tous les anglicismes qui enrichissent régulièrement la langue française, le spoiler est peut-être le plus riche, sinon le plus ambigu. D’abord, ce n’est pas un anglicisme, mais le résultat d’un aller-retour entre les deux rives de la Manche. Tel Le Neveu de Rameau (dont le manuscrit original a été perdu jusqu’en 1891 et qu’on ne connaissait jusque-là, en France, que sous la traduction de la version allemande que Goethe en avait faite), le spoiler est une captation, par la langue de Shakespeare, du vieux mot français « espoillier » (« piller » ou « ruiner ») qui donne aujourd’hui « spolier ». Autrement dit, le spoiler est une spoliation, une prédation. Le spectateur spoilé est littéralement dépouillé de son droit de ne pas savoir. Spectateurs, spectateuses, on ne vous ment pas, on vous dit vrai, on vous spoile…

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