Stratagème n°31. Utilisez votre corps

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Cet article est issu du numéro 73 de Philosophie magazine « 73 - octobre 2013 », en kiosque le 19 septembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Souvent, un geste, une posture, une volte-face suffisent à donner du poids à vos arguments ou à fragiliser ceux de votre interlocuteur. Si votre adversaire capte l’attention de l’auditoire, approchez-vous de lui au plus près afin de réduire son champ de vision, puis tournez-lui le dos et faites des signes de connivence au public sans qu’il ne puisse les voir. Enfin, écourtez son argumentaire en vous retournant à nouveau pour lui dire, droit dans les yeux, sur un ton agacé, la main tendue vers le public : « Venez-en au fait ! Vous voyez bien que tout le monde s’impatiente. » Il est probable que ce petit jeu ait raison de sa concentration. À vous ensuite de reprendre la main, cette fois en vous approchant des premiers rangs de l’auditoire, sans jamais plus regarder votre adversaire que vous maintiendrez alors à distance. Vous aurez vérifié là que l’usage du corps est un complément indispensable en rhétorique. Cicéron n’hésitait d’ailleurs pas à affirmer : « C’est l’action, oui l’action, qui, dans l’art oratoire joue le rôle vraiment prépondérant. Sans elle le plus grand orateur peut ne pas compter » (De l’art oratoire). Bien des situations confirment cette conviction. Ainsi, dans Le Rire (1900), Bergson raconte qu’après la bataille d’Iéna, la reine de Prusse, venue se plaindre auprès de Napoléon du sort infligé à son peuple, devint ridicule dès que l’empereur lui demanda de s’asseoir. Quand nous prenons la parole, nous pensons spontanément que nous serons poliment écoutés avant d’être contredits. Or, en présentant un corps indocile, vous ruinez cette règle élémentaire de tout débat.

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