Stratagème n°33. Jouez les incompris

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 75 de Philosophie magazine « 75 - décembre 2013, janvier 2014 », en kiosque le 28 novembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Rien de plus désagréable que de s’entendre répliquer : « Vous n’avez pas compris ce que j’ai dit. » Un tel reproche suggère un manque d’intelligence ou une incapacité à écouter. Pour en faire usage, il suffit d’avancer une thèse, d’attendre les objections de l’adversaire, puis de reformuler non pas la thèse initiale mais une thèse apparentée, plus alambiquée, en se déclarant incompris. Imaginons que vous défendiez l’usage des drones comme arme antiterroriste. Votre adversaire vous rétorque que cette arme est infâme car elle fait de la guerre une chasse à l’homme et ruine tous les acquis juridiques du droit de la guerre. Répondez-lui alors : « Je n’ai pas dit que l’usage d’un avion sans pilote ne remettait pas en cause le droit de la guerre, mais j’affirme qu’en n’exposant pas la vie de son utilisateur, une telle arme réalise un juste rapport à la guerre dans la mesure où elle ne transforme en victimes que ceux qui le méritent. » Puis concluez avec mépris : « Vous n’avez vraiment rien compris à mes explications et vous ne les comprendrez jamais. » Cette dernière pique, ajoutée à un argument sophistique, aura raison de votre adversaire. Rousseau, au risque de tomber dans la paranoïa, n’aimait-il pas lancer : « Vous ne pourrez me comprendre, car pour vous, je suis un barbare » (Rousseau juge de Jean-Jacques, 1774).

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Langage