Cinéma

“Suzume” : le mythe à l’assaut du traumatisme

Temps de lecture : 6 min

“Suzume” : le mythe à l’assaut du traumatisme

"Suzume". © 2022 "Suzume" Film Partners

Cet article est réservé aux abonnés.

Après le succès de Your Name, le réalisateur japonais Makoto Shinkai revient en salles avec Suzume, film d’animation fantastique traitant avec finesse du tsunami qui a frappé l’archipel en 2011. Il montre que, loin de perdre les humains, les mythes leur permettent au contraire de revivre en surmontant leur traumatisme.


La bande-annonce en version originale sous-titrée du film d’animation Suzume, de Makoto Shinkai, en salles le 12 avril.

Pendant des siècles, les êtres humains ont expliqué les phénomènes qu’ils ne comprenaient pas à l’aide de mythes, c’est-à-dire de grands récits transmis de génération en génération qui permettaient de rendre compte du monde de manière imagée. Avec les Lumières qui se sont imposées au XVIIIe siècle, ce type de récits a été de plus en plus discrédité, relégué au rang de fantaisies non scientifiques et jugé incapable de servir en tant que mode d’explication du monde. Seul ce qui pouvait être prouvé par des instruments de mesure et par les mathématiques était désormais considéré comme vrai. Les mythes, en revanche, étaient rabattus sur l’art ou l’enfance.

Comme le diagnostiquaient Theodor Adorno et Max Horkheimer dans la Dialectique de la raison (1944), le mythe demeure toujours à l’arrière-plan de l’explication. Le film Suzume, du réalisateur japonais Makoto Shinkai, à qui l’on doit l’anime à succès Your Name, montre que le mythe est peut-être avant tout une manière bien plus efficace que n’importe quelle analyse scientifique pour traiter émotionnellement les expériences traumatiques.

Cet article est réservé aux abonnés
“Suzume” : et l’anime devint mythe moderne