Biographie

Thomas More. Un humaniste en Utopie

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Thomas More. Un humaniste en Utopie

© Emmanuel Polanco pour PM

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Cet article est issu du numéro 45 de Philosophie magazine « 45 - hiver 2010 », en kiosque le 24 novembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Mon père se tiendrait-il d’un côté, et le diable de l’autre, mais sa cause étant juste, ce diable alors aurait raison », affirme Thomas More dans une lettre à son gendre. Humaniste, héraut du renouveau du savoir et défenseur de la foi chrétienne, ce juriste de renom, tenté par la vie monastique mais rattrapé par la vie politique, est « man of all seasons », selon son contemporain, l’écrivain Robert Whittington. « Homme de toutes les saisons », il surmonte les contradictions de son existence par une fidélité à sa seule conscience. Elle lui coûtera la vie.

La date est incertaine : Thomas More serait né à Londres le 7 février 1478. Élevé par un père homme de loi prospère, il mène une enfance heureuse, puis entre à la Saint Anthony’s School, l’une des meilleures écoles de grammaire londoniennes. Il s’y distingue déjà par sa sagacité et son sens de l’humour. À 14 ans, envoyé à Oxford, il approfondit sa culture classique auprès des moines bénédictins de Canterbury, abreuvé « à outrance de rhétorique, de logique, et de philosophie ». Mais il moque la fatuité de la scolastique, entendant combattre un exercice philosophique médiéval abscons, qui complique inutilement le savoir. De retour à Londres, poussé par la pression paternelle, sa vocation d’orateur et sa croyance dans la loi comme « modèle de conduite sur Terre », il suit son droit. More attire alors l’attention d’intellectuels, qui constituent autour de lui l’embryon du groupe humaniste de Londres. Sa rencontre avec Érasme, en 1499, prélude à une longue amitié. Théologien néerlandais dit « prince des humanistes », Érasme délimite par ses voyages et sa correspondance avec les érudits de toute l’Europe la « République des lettres ». Ce territoire virtuel rassemble les humanistes autour d’une langue commune, le latin, et de valeurs partagées : liberté et indépendance, soif de savoir et croyance dans la perfectibilité de l’homme. Un retour au patrimoine gréco-latin alimente le souci d’une réforme éducative et d’une implication dans les affaires de la Cité, en réaction à la décadence du monde moderne. En atteste l’étude des penseurs politiques – More écrit un dialogue en faveur de la République de Platon, qui annonce son chef-d’œuvre ultérieur, L’Utopie.

« More aurait lancé au bourreau, sur l'échafaud: "Aidez-moi à monter, pour descendre je me débrouillerai seul" »

More songe un temps à l’ordination. Entré au monastère de Charterhouse (la Chartreuse), il entame la lecture de La Cité de Dieu de saint Augustin, qui nourrit son questionnement : faut-il tendre vers la cité terrestre, ou la cité céleste ? Érudit tourmenté par les plaisirs de la chair, il finit par refuser le retrait monastique, et opte pour la vie mondaine. Installé dans un manoir au centre de Londres, il se marie à Jane Colt, qui serait morte en donnant naissance à leur quatrième enfant. En 1509, More reçoit chez lui Érasme, qui y rédige l’Éloge de la folie. Satire de l’époque, cette fiction burlesque donne la parole à la déesse de la Folie qui moque les pratiques de l’Église, et la sottise des moines et religieux occupés « à braire de leur voix d’âne leurs psaumes dûment numérotés mais parfaitement incompris ». Ironique, elle loue le fou qui, « en abordant les réalités et les périls, acquiert le vrai bon sens ». L’ouvrage dissimule aussi une dédicace du Néerlandais à son hôte. « Moriae Encomium » est tout autant éloge (« encomium » en latin) de la folie (« moria »), que de More… Sollicité pour ses talents d’avocats par une puissante guilde de marchands, ce dernier entre dans le négoce, et voyage à Paris et à Louvain. Commerce et culture font bon ménage : les humanistes sont au cœur des affaires.

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