Le livre du jour
“Travailler”, de James Suzman : le travail est-il la grande affaire de l’humanité ?
© Éditions Flammarion
Pourquoi travaillons-nous autant, alors qu’avec les progrès techniques et les gains associés, nous pourrions vivre sans fournir trop d’efforts ? C’est peut-être que, pour l’humanité, le travail est plus qu’un simple labeur. L’anthropologue britannique James Suzman traite ce paradoxe dans Travailler. La grande affaire de l’humanité (Flammarion), une épopée qui nous mène du biface d’il y a sept cent cinquante mille ans aux intelligences artificielles d’aujourd’hui.
Sa thèse ? Le travail n’est pas qu’utilitaire ou productif, il n’a pas trait qu’aux besoins. L’animal laborans est une espèce « têtue » qui a besoin d’occuper « ses mains oisives et son esprit agité » : une question d’énergie, à capter et à dépenser. Problème : dans une société capitaliste, ce plaisir naturel est gâché par les revenus trop minces accordées aux travailleurs : la triade des premiers agriculteurs « travail = effort = récompense » ne fonctionne plus. D’où cette sensation très actuelle que notre labeur ne nous apporte pas satisfaction. Ou quand l’étude des chasseurs-cueilleurs éclaire notre présent !