Triangle, quand tu nous tiens…
© Oriane Safré-Proust / Valerie Oualid
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Cet article est issu du numéro 121 de Philosophie magazine « Pourquoi avons-nous besoin d’être aimés ? », en kiosque le 05 juillet 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cette figure géométrique irrigue la plupart des fictions mais aussi notre quotidien ou le jeu politique. Avec, souvent, des conséquences dramatiques. S’il est possible d’en prendre conscience, il est bien moins aisé de sortir de nos rôles bien établis.
Sauveur, bourreau, victime, ça vous dit quelque chose ? Le triangle dramatique de Karpman est un concept de psychologie qui désigne ces jeux mentaux plus ou moins sympathiques, voire franchement détestables, qui peuvent se pratiquer en couple, en famille ou au travail, bref, dès que deux êtres humains se trouvent dans la même pièce. Le drame, c’est qu’il suffit que l’un des protagonistes occupe l’un des sommets du triangle pour obliger, sans même en être conscient, son partenaire à lui donner la réplique en jouant l’un des rôles complémentaires. C’est par exemple l’ami qui vous propose de l’accompagner à la campagne parce que, selon lui, vous travaillez trop. « Le bon air va te faire du bien », dit l’ami. Vous êtes la victime, le travail est le bourreau. Et l’ami joue – pour l’instant – le rôle gratifiant du sauveur. Vous refusez l’invitation, et là l’ami vous dit : « Ce n’est pas très gentil de me laisser partir seul en week-end. Déjà que je déprime depuis la mort de mon chien. » Et voilà l’ami devenu votre bourreau, puis votre victime. Et selon la réplique que vous allez donner, chacun sait que le petit jeu peut durer longtemps…