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Turbulences russes dans l’opinion publique française

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Turbulences russes dans l’opinion publique française

Paris, le 26 avril 2022. © Chang Martin/SIPA

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La campagne des législatives a été marquée par une activité très intense de comptes opérés depuis la Russie sur les réseaux sociaux français, en particulier sur X (ex-Twitter). Il en ressort que ces agents ont réussi à favoriser le dissensus et la polarisation des opinions politiques pour favoriser le Rassemblement national. Il serait pourtant injuste de faire du Kremlin le principal artisan de nos divisions.


 

Cela aurait pu débuter comme ça. Sur X (anciennement Twitter), quelques jours avant le premier tour des élections législatives, on trouvait cette annonce signée du ministère des Armées : « L’armée de Terre recrute et forme 200 000 hommes pour mener des opérations en Ukraine. » 5 000 euros bruts par mois – repas inclus ! – pendant 9 semaines, des services funéraires pris en charge à 100% en cas de décès et une jolie prime d’un million d’euros pour la famille. Deux clics et le rendez-vous est calé. Avant de prendre les armes, il faudra passer un entretien de vingt minutes par téléphone ou une heure « en présentiel ». Très vite, le site n’est plus disponible. Il s’agit d’une opération sous faux drapeau, probablement financée par le gouvernement russe. Ceux qui ont pris rendez-vous pour devenir combattants ne seront jamais rappelés. Ils auront juste donné nom, adresse électronique et numéro de téléphone à une plateforme obscure. Les dubitatifs qui se sont abstenus de se rendre sur la fausse page internet mais n’ont pas eu l’envie de vérifier son authenticité ont dû avoir un sentiment étrange : le président français voudrait entrer en guerre pour de bon !

David Chavalarias, mathématicien et directeur de l’Institut des systèmes complexes de Paris, a mené une étude approfondie sur les réseaux des ingérences étrangères au cœur des élections législatives de 2024. Les fausses annonces se sont multipliées. Une réplique du site d’Ensemble avec un Uniform Resource Locator très similaire à la véritable plateforme du parti proposait de toucher 100€ pour voter pour la coalition présidentielle et « contre les extrêmes » (tout en demandant le numéro de sécurité sociale du votant dans un formulaire). Outre ces sites mensongers destinés à attiser une certaine hostilité à l’égard du camp Macron, les équipes de David Chavalarias ont analysé des centaines de millions de messages et observé une montée de la polarisation des opinions fortement amplifiée par des comptes liés au Kremlin. 

Des agents infiltrés aux “points de contrôle” des réseaux

Parmi eux, il en est un qui attire l’œil. Le chercheur lui donne un autre nom, « @FRN », pour « ne pas exposer des personnes non préparées à sa toxicité ». Sur la période pré-électorale, il fait partie des dix comptes les plus influents sur X, entre Jean-Luc Mélenchon et Kylian MBappé. Entre le 10 et le 27 juin, comme les semaines qui précèdent, le compte aux plus de 250 000 followers partage exclusivement des images des massacres perpétrés par le gouvernement de Netanyahu à Gaza. On y trouve des vidéos amatrices insoutenables à regarder, « au point que le visionnage de quelques-unes provoque presque inévitablement des syndromes de stress post-traumatique ». Or, ce profil est très suivi par des personnes favorables à La France Insoumise (LFI). Pour David Chavalarias, l’idée est clairement « d’amplifier la perception des horreurs de Gaza auprès de la communauté LFI afin qu’elle impose le cadre du conflit israélo-palestinien aux législatives avec son corollaire sur la montée d’attitudes hostiles envers l’islam ».

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