Point de vue
Un conflit des cultures
(cc) Tiggerjk / Flickr
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Le reproche de Giorgio Agamben selon lequel l’Allemagne menacerait l’art de vivre latin est mal compris outre-Rhin. Cependant, il est plus concret que ne nous voulons peut-être l’admettre. La disparition de la culture du temps libre montre que ce reproche n’est pas si absurde.
L’Europe gémit sous le poids de l’hégémonie allemande, mais nous qui vivons entre le Rhin et la Spree, nous ne voulons rien entendre. Du point de vue de la plupart des Allemands, Berlin est contraint de jouer un rôle dans le sauvetage de l’euro. Tous les deux ou trois mois, un pays de la zone euro est au bord de la faillite et frappe à la porte pour demander de l’aide, laquelle finit par arriver d’une manière ou d’une autre. L’Allemagne dérape dans une union endettée. Et quand le philosophe italien Giorgio Agamben propose de créer un « empire latin » regroupant la France, l’Italie et l’Espagne pour former un bastion contre le Nord, il se heurte en Allemagne à une incompréhension totale.
« Un combat des mentalités : l’éthique protestante du travail contre le savoir-vivre catholique »
Oublions un moment les fantasmes de Giorgio Agamben qui rêve d’empire, nous constatons alors qu’il reproche essentiellement à la crise de l’euro d’obliger l’Européen du Sud à « vivre comme un Allemand ». Ce n’est ni plus ni moins la « disparition de l’art de vivre » des peuples latins qui est en jeu. Il s’agit d’un combat des mentalités : l’éthique protestante du travail contre le savoir-vivre catholique.
Les Allemands refusent de comprendre que ce reproche n’est pas si absurde. Il est même très concret : depuis l’automne 2012, on ne fait plus la sieste en Espagne. Le gouvernement l’a supprimée sous la pression de la troïka de l’euro, car le pays ne peut plus se permettre de « paresser », même sous une chaleur accablante. Durant des siècles, les Espagnols, sur le coup de midi, quittaient les champs, sortaient des magasins pour se rendre chez eux et se reposer, ils mangeaient ensemble, discutaient en famille et entre amis. Ces temps idylliques sont aujourd’hui révolus.