Société

Un IA pour écrire la loi ? Quand le rêve ancien d’une “machine à gouverner” ressurgit

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Un IA pour écrire la loi ? Quand le rêve ancien d’une “machine à gouverner” ressurgit

Alexandre Flückiger. © Université de Genève. Illustration : © Moor Studio/iStockphoto

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Les Émirats arabes unis ont l’intention d’utiliser des intelligences artificielles afin de écrire une partie de leur lois. Pour Alexandre Flückiger, professeur de droit à l’université de Genève, c’est la réactivation d’un vieux rêve : celui d’une machine à gouverner. 


 

Que vous inspire ce projet des EAU d’utiliser l’IA pour écrire la loi, une première dans l’histoire ?

Alexandre Flückiger : C’est la réactualisation d’un rêve qui, avec les nouvelles technologies, connaît une vitalité nouvelle : le rêve formaliste d’une loi parfaite, complète, univoque, entièrement cohérente – et non plus ce tissu bigarré de règles établies à des époques différentes par des auteurs différents. Certains espèrent que, de même que l’IA est capable de mettre de l’ordre dans des codes informatiques hétéroclites, parfois bancals, l’IA sera capable de mettre de l’ordre dans le droit. La loi, purgée au maximum de cette ambiguïté inhérente au langage naturel, pourrait alors être appliquée de manière précise et mécanique, en laissant une place minime, idéalement nulle, à l’interprétation. La liberté interprétative des juges inquiète certains, qui craignent que s’y loge une forme de partialité. L’IA est présentée comme une manière d’évacuer une fois pour toutes ces problèmes. Certains voient dans le codage informatique la clef ultime d’une application syllogistique des règles. Si vous voulez faire appliquer la loi de manière automatique, il faut que la loi soit parfaitement compréhensible par une machine, donc absolument littérale. Qui mieux qu’une IA pour produire un ensemble de règles compréhensibles et applicables par une autre IA ? Machines législatrices et machines juges sont comme deux faces d’une même pièce. Je suis évidemment très dubitatif. 

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