Décalogue 1. Un seul Dieu tu adoreras

“Une atteinte à la raison morale”

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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le Décalogue 1, “Un seul Dieu tu adoreras”, vu par Vincent Delecroix et Philippe Forest.

Philippe Forest

« Kieslowski commence son Décalogue par la mort d’un enfant, c’est-à-dire par l’expérience la plus radicale, la plus scandaleuse, de la perte. La mort de l’enfant comme preuve et épreuve de l’existence de Dieu m’évoque le dialogue des Frères Karamazov, de Dostoïevski, entre Aliocha, celui qui croit au Ciel, et Ivan, celui qui n’y croit pas : “Même si j’avais tort, s’entête ce dernier, je refuserais un monde dans lequel Dieu accepte que les enfants souffrent et meurent.” Ce “même si j’avais tort” est admirable de vérité. On pourrait interpréter ainsi la révolte finale du père contre Dieu, mais je la vois plutôt comme l’expression extrême de la sidération dans laquelle est plongé un individu face au surgissement de l’impossible dans sa vie. La tante, celle qui croit au Ciel, est semblablement désemparée. Il n’y a pas lieu, me semble-t-il, d’aller au-delà dans une interprétation morale et religieuse. Comme Rossellini, qui avait perdu un fils, Kieslowski filme le scandale de la mort de l’enfant en se refusant à donner des réponses. Il ne reste que quelques signes – de l’encre qui se répand, une bougie qui coule – dont la signification résiste. Et ce personnage muet, qui passe dans chacun des dix films, voit avec nous, rien de plus que nous. Il n’est pas l’ange qui arrête le bras d’Abraham lorsqu’il s’apprête à sacrifier son fils. Il est le destin qui ne peut rien pour nous. »

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