L’œil de Carl Schmitt.
“Une ligne rouge entre amis et ennemis ?”
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Cet article est issu du numéro 105 de Philosophie magazine « Suis-je l’auteur de ma vie ? », en kiosque le 01 décembre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« S’il y a un art dans lequel excelle Donald Trump, c’est bien celui de se faire des ennemis. Rappelons les propos peu amènes qu’il a adressés aux Mexicains, aux musulmans ou aux Chinois. Mais il sait aussi choisir ses amis, comme le maréchal et chef d’État égyptien, Fattah al-Sissi, ou le président russe, Vladimir Poutine. Le milliardaire--président voit la vie en ces termes. Le 28 avril 2016, il déclare : “ Nos amis et nos ennemis doivent savoir que si je trace une ligne rouge, je respecterai cette ligne rouge. ” Il a tout compris. Il sait désigner qui est avec et qui est contre lui. Et c’est bien pour ça qu’on l’a élu ! En résumant l’art politique à la dichotomie amis/ennemis, Donald Trump s’aligne sur ma vision des choses. Comme je l’ai écrit dans un de mes plus célèbres ouvrages, La Notion de politique (1932), au lieu d’assujettir le domaine du politique à des catégories qui lui sont étrangères, comme le bien et le mal, le juste ou l’injuste, il faut plutôt découvrir ses principes directeurs. Ceux-ci sont précisément la discrimination de l’ami et de l’ennemi. L’ennemi politique n’est pas forcément moralement détestable. L’ami n’est pas toujours exempt de tout défaut. Mais ces termes permettent de cadrer le champ d’action du politique. Il faut donc structurer son action sur leur désignation claire.