Hommes et animaux
Vie sauvage : faut-il choisir entre les sangliers et les loups ?
© Kevin Jackson/Unsplash – © Andrew Ly/Unsplash
Cet article est réservé aux abonnés.
Favoriser le développement des populations de loups pour lutter contre la prolifération incontrôlée des sangliers : c’est ce que suggère la Frapna Drôme Nature Environnement. De quoi susciter la colère de certains chasseurs et éleveurs. Explications avec l’anthropologue Charles Stépanoff.
Il y a peu, la Frapna Drôme Nature Environnement publiait un communiqué dont on pourrait, en ces termes, résumer le propos : le loup fait le travail des chasseurs et rend service aux sylviculteurs et aux agriculteurs en contribuant à réguler la surpopulation de sangliers qui abîment les cultures. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le communiqué suscite la polémique, et provoque une manifestation conjointe de chasseurs (qui alertent sur la raréfaction des sangliers) et d’éleveurs (qui s’inquiètent de la prolifération d’un prédateur protégé par la loi s’attaquant parfois au bétail). « Les écologistes souhaiteraient-ils la disparition totale du sanglier sur le territoire français ? », interrogeait le journaliste Nicolas Liégeois dans Chasse Passion – évoquant la chute vertigineuse des populations de grand gibier à cause du loup dans le département.
Le clivage, cependant, n’est peut-être pas aussi tranché qu’il n’y paraît, note l’anthropologue Charles Stépanoff qui, après des incursions remarquées dans le chamanisme sibérien, s’est intéressé à la chasse paysanne dans L’Animal et la Mort (La Découverte, 2021). Il y souligne l’ambivalence des représentations des deux animaux.
Le sanglier : les causes de la prolifération
Le sanglier, d’abord. S’il était rare, par le passé, et ne faisait qu’exceptionnellement l’objet de la chasse paysanne, il est aujourd’hui devenu une figure incontournable du massif forestier, avec la raréfaction du petit gibier (perdrix, notamment). « L’invasion récente du sanglier dans les campagnes est un phénomène massif, non maîtrisé, qui constitue un étonnant pendant à la disparition de la petite faune. » La prolifération incontrôlée de l’espèce accentue, à vrai dire, la raréfaction de cette petite faune, en abîmant le milieu naturel : « Les groins fouineurs des sangliers détruisent l’alimentation d’oiseaux qui se nourrissent au sol, comme le rouge-gorge et le rossignol, et engloutissent les œufs des oiseaux nichant à terre. » Mais cette prolifération pose également problème à l’agriculture, en particulier les cultures de maïs dont les sangliers sont friands : « Les champs de maïs et les prairies font souvent les frais de son expansion. »