Dossier/Plaidoyer pour la nuance

Vol au-dessus de la mêlée

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Vol au-dessus de la mêlée

©Kyle Thompson / Agence VU

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Cet article est issu du numéro 145 de Philosophie magazine « Plaidoyer pour la nuance (quand tout le monde veut en découdre) », en kiosque le 03 décembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Si tout est noir ou blanc, alors penser en nuances, c’est verser dans l’erreur. Mais si, au contraire, le réel se présente comme un subtil dégradé, peut-être est-ce en adoptant des positions tranchées que l’on est sûr de raconter n’importe quoi. 

 

Se prendre une belle volée d’injures n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui. Il suffit de publier sur Facebook un vibrant plaidoyer pour une campagne de vaccination nationale obligatoire contre le Covid-19. Ou bien de se fendre d’un petit texte malicieux soutenant que Donald Trump a été le plus romanesque des présidents américains et que lui, au moins, se souciait des classes populaires et pas seulement des bobos de New York et de Californie. Dans une conversation entre amis (même à moins de six !), le débat peut s’échauffer comme du lait dans une casserole si l’on se met à soutenir que les caricatures de Mahomet étaient franchement mal dessinées, médiocres, et que les dessinateurs danois n’arrivent pas à la cheville de ceux de Charlie Hebdo, ou, au con­traire, qu’il faudrait inviter tous les élèves de France à les regarder avant d’en débattre en classe, pour ne pas reculer d’un iota sur la liberté d’expression.

 

“L’outrance des discours n’est que le miroir d’une nouvelle ère géopolitique, post-démocratique, à couteaux tirés”

 

Cependant, au-delà de la tension qui électrise les prises de parole actuelles, il y a la conscience sourde, diffuse, que le fond de l’air fraîchit. Ce n’est pas seulement la pandémie qui est en cause. Le réchauffement climatique nous mène droit à la raréfaction des ressources et de l’eau potable. Les taux d’intérêt sont au plus bas, mais les économies reculent. Des leaders autoritaires sont plébiscités en Russie, en Inde ou en Turquie, tandis que les États-Unis augmentent massivement leurs investissements dans l’armement atomique. Et la Chine, qui s’impose comme première puissance mondiale, pratique bien davantage la surveillance des populations, la citoyenneté à points conditionnée à l’obéissance, que l’ouverture. En somme, l’outrance des discours n’est que le miroir d’une nouvelle ère géopolitique, post-démocratique, à couteaux tirés.

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