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Y a-t-il des guerres justes ?

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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« Y a-t-il »

Existe-t-il ? Peut-on le constater ?

« des guerres »

Des luttes armées et sanglantes entre groupements organisés, des conflits généralisés volontaires entre États.

« justes »

Conformes au droit ou aux exigences de la morale, fondées en raison.

 

Défrichage

Premières intuitions

Par sa violence extrême, la guerre semble toujours moralement inacceptable. Elle déroge à l’interdit de tuer et ruine l’entente entre les peuples. Toujours plus meurtrière grâce au progrès technique, elle peut se propager à l’échelle du globe comme l’ont montré les deux guerres mondiales du XXe siècle. A priori, la lutte armée généralisée, figure paroxystique du mal par le nombre souvent exorbitant de morts ou de mutilés qu’elle engendre, ne paraît donc pas justifiable.

Pourtant, lorsqu’un État est agressé par un autre ou quand un peuple se déchire lui-même et sombre dans le chaos, le recours à la force armée, pour libérer un pays asservi ou rétablir l’ordre sur un territoire qui s’enflamme, semble à la fois nécessaire et légitime.

Mais comment s’assurer qu’un tel recours n’est pas dangereux ? La guerre peut-elle être un mal pour un bien ? L’ampleur des dommages et des traumatismes qu’elle provoque ne rend-elle pas toujours suspects les motifs avancés pour tenter de la justifier ?

Exemples qui viennent à l’esprit

« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » Ce mot prononcé en 1204 lors du siège de Béziers, ville tenue par les cathares, est resté célèbre. En répondant ainsi au baron de Montfort qui lui demandait quels étaient les hérétiques à combattre, l’abbé Amalric provoqua un massacre de 30 000 âmes. Menée au nom de Dieu, toute croisade se veut juste.

Le roman Guerre et Paix (1867) s’achève par une description terrible de la bataille de Borodino (qui opposa en 1812 Napoléon au tsar Alexandre Ier). Tolstoï y montre qu’une guerre échappe à ses instigateurs. Seul le hasard qui accompagne un événement aussi dramatique explique la victoire. C’est donc par illusion rétrospective qu’on justifie les guerres.

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