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Albert Camus, prophète moderne
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Cet article est issu du numéro 2 de Philosophie magazine « 2 - juin/juil. 2006 », en kiosque le 25 mai 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. » 1957 : Albert Camus reçoit le prix Nobel de littérature. La scène se passe à Uppsala, en Suède, où l’écrivain vient de prononcer une conférence, « L’artiste et son temps ». Un militant algérien l’interpelle durement. Albert Camus répond cette phrase qui fait le tour du monde. Faut-il y déchiffrer un aveu scandaleux ou une prise de position cohérente par rapport à ses convictions sur la guerre ? L’écrivain a observé un silence politique obstiné, qui signale à la fois un non-engagement et une attitude morale. L’engagement politique en ce temps équivaut à avaliser la « marche de l’Histoire », à accepter la violence, le meurtre. Prendre le parti de la « morale », c’est prendre le parti de l’homme contre l’Histoire, c’est dénoncer, refuser tout ce qui détruit la liberté, toute forme d’horreur, de totalitarisme, d’idéologie. « La justice d’aujourd’hui sert d’alibi aux assassins de toute justice », peut-on lire, en 1948, dans l’avant-propos de L’Etat de siège.