Témoignage
Alexandre Jollien : “Comment Épictète a changé ma vie”
© Emmanuel Polanco pour PM
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Cet article est issu du numéro 59 de Philosophie magazine « 59 - mai 2012 », en kiosque le 26 avril 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Face aux accidents de l’existence, le penseur stoïcien est un guide. Il offre une véritable thérapeutique qui soigne des vaines illusions pour mieux nous ancrer dans le présent.
« Handicapé de naissance, j’ai vécu dix-sept ans dans une institution pour personnes infirmes moteurs cérébrales, et je ne m’intéressais guère aux choses de l’esprit. Un jour, je suis tombé dans une librairie, par hasard, sur un ouvrage de Platon qui citait Socrate, lequel conseillait de vivre meilleur plutôt que de vivre mieux. Une conversion radicale eut lieu alors, et toute l’énergie que je portais aux soins du corps et aux progrès physiques, j’ai tenté de la mettre au service de la découverte de l’intériorité.
Sur ce chemin, deux maîtres ont particulièrement compté : Socrate, bien sûr, et Épictète. Il m’invitait à faire la distinction qui ouvre son Manuel : “De toutes les choses du monde, les unes dépendent de nous, et les autres n’en dépendent pas.” J’allais dès lors m’employer à cibler mes efforts, à m’orienter vers le vrai bien. Et Épictète, le “philosophe boiteux”, allait m’y aider. D’abord en me montrant que ce qui trouble les hommes, ce n’est pas tant la réalité que les opinions qu’ils s’en font. Tout au long de mes études, le Manuel d’Épictète m’a guidé. Plus tard, j’ai rencontré un ami, Laurent, qui venait de sortir de terribles crises de panique. Son souhait était de créer une association pour aider et soutenir les personnes anxieuses. Il a fini par le faire, en fondant Les Progredientes. Avec lui, nous parlions sans cesse d’Épictète – c’était à qui le citerait le mieux ! J’ai pu voir chez mon ami à quel point les propos de l’esclave-philosophe guérissaient. Aujourd’hui, le Manuel n’est jamais très loin de ma main, ni de mon âme.