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Âme qui vive

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Âme qui vive

©2020 Disney/Pixar. All Rights Reserved

Cet article est issu du numéro 145 de Philosophie magazine « Plaidoyer pour la nuance (quand tout le monde veut en découdre) », en kiosque le 03 décembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Soul, la dernière production des Studios Pixar, vous embarque dans un voyage métaphysique joyeux et sensible. Quand le cinéma d'animation s'offre un supplément d'âme.

 

Où et quand se forme donc notre personnalité ? D’où vient notre vocation ? Les Studios Pixar remettent une fois de plus la philosophie à l’écran avec Soul. Ce film d’animation métaphysique raconte le périple de Joe Gardner (voix d’Omar Sy), un jazzman au parcours laborieux, et d’une jeune âme en peine, une entité nommée 22 (voix de Camille Cottin). Tous deux se trouvent réunis par une coïncidence malheureuse, quand un accident coupe le premier en plein élan, alors qu’il s’apprête à réaliser un rêve, et le projette par erreur dans une zone intermédiaire entre vie et mort, un outre-monde. Ni le paradis ni l’enfer, mais le « Grand Avant », un monde d’avant l’existence où les esprits en formation sont dotés de leurs traits de caractère. Dans la personnalité de chacun, une case demeure cependant vacante, qu’il convient de compléter pour obtenir son sésame pour la Terre. Il s’agit de « trouver sa flamme dans le grand bazar général » qu’est la vie, soit un sens. Les esprits en devenir sont épaulés dans cette quête existentielle par des personnalités ayant déjà vécu – comme 22 par Joe Gardner. Âme, esprit, conscience, les philosophes ont longtemps hésité sur la manière de qualifier le ressort de la personnalité. Le philosophe empiriste anglais John Locke se demande ainsi à quoi tient l’identité personnelle. Il invente une expérience de pensée pour illustrer son propos : imaginez que l’âme d’un savetier soit transposée dans le corps d’un roi. Ou, comme dans Soul, l’âme d’un enfant dans le corps d’un jazzman. Qui serait roi et qui savetier, qui le jazzman et qui l’enfant ? Le philosophe résout le dilemme en distinguant l’âme (la substance pensante), l’homme (l’identité corporelle) et la personne (l’identité personnelle), considérée comme la construction de soi à travers le temps de la mémoire et l’unité de la con­science. Toutefois, Locke laisse en suspens la question du caractère, avec lequel la philosophie a maille à partir. Car, dans cet assemblage subtil du corps et de l’esprit, où réside le mystérieux supplément d’âme, optimisme ou pessimiste, et très inégalement réparti, qui nous permet d’apprécier plus ou moins le sel de la vie ? Est-il donné une fois pour toutes ou susceptible d’évoluer, comme notre personnalité, avec l’expérience accumulée ? Voici toute l’intrigue joyeuse et sensible de Soul qui, avec sa bande-son choisie et sa beauté visuelle, chasse tout vague à l’âme.

Soul / De Pete Docter et Kemp Powers / Diffusé sur Disney+ / Dès le 25 décembre / Durée : 1h40