Généalogie d’une notion

Aux sources du suprémacisme blanc

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Madison, Indiana (États-Unis), le 31 août 2019. Un membre du Ku Klux Klan (KKK) lors d’une manifestation

Madison, Indiana (États-Unis), le 31 août 2019. Un membre du Ku Klux Klan (KKK) lors d’une manifestation. © Megan Jelinger/Anadolu Agency/AFP

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La tuerie raciste de Buffalo, où dix personnes, en majorité noires, ont trouvé la mort, met une fois de plus sur le devant de la scène le « suprémacisme blanc ». Idéologie raciste qui postule la supériorité – biologique ou culturelle – des individus blancs de peau par rapport au reste de l’humanité, elle puise ses racines intellectuelles en Europe, à la fois au XIXe siècle mais aussi à notre époque. Généalogie.

Naissance du racisme biologique au XVIIIe siècle

Dans son livre Racisme, une histoire (Princeton University Press, 2002, trad. fr. J. Carnaud, Éditions Liana Levi, 2003), l’historien George M. Fredrickson relie ce suprémacisme blanc à la « montée du racisme moderne ». Selon lui, « la notion d’une race paneuropéenne ou “blanche” unifiée a été lente à se développer et ne s’est pas cristallisée avant le XVIIIe siècle », car « à l’époque où l’inégalité sociale fondée sur la naissance était la règle générale pour les Européens, le racisme fondé sur la couleur de peau ne disposait que de peu d’espace pour se développer de manière autonome ».

Bien que l’esclavage et la colonisation aient commencé avant cette période, ils ne reposaient pas idéologiquement sur une théorie raciale, où les Blancs seraient supérieurs à ceux qui ne le sont pas. Comme le soulignent Jean-Frédéric Schaub et Silvia Sebastiani dans Race et histoire dans les sociétés occidentales (XVe-XVIIIe siècle), l’esclavage a produit le racisme, et non l’inverse. Le racisme serait ainsi l’enfant paradoxal de la philosophie des Lumières, avec la volonté de rationalisation scientifique du monde. En témoigne la classification de l’être humain en sous-divisions du naturaliste suédois Carl von Linné, selon qui les Européens étaient « perspicaces, inventifs, [...] gouvernés par les lois » et les Noirs « indolents, négligents, [...] gouvernés par le caprice ».

Selon Fredrickson, l’impact des révolutions française et américaine de la fin du XVIIIe siècle explique en partie pourquoi ce racisme biologique s’est plus vite exprimé dans ces deux pays qu’au Royaume-Uni, qui restait davantage organisé selon les structures aristocratiques classiques. Tel est l’un des paradoxes des débuts de la démocratie moderne, qui vantait l’égalité du genre humain sans en faire bénéficier concrètement tous les citoyens : si tous les êtres humains ont vocation à être égaux, il faut bien que ceux que l’on réduit en esclavage soient considérés comme n’appartenant pas à l’humanité.

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