Exposition

“Basquiat x Warhol. À quatre mains” : l’œil et l’esprit

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“Basquiat x Warhol. À quatre mains” : l’œil et l’esprit

Jean-Michel Basquiat, Dos Cabezas, 1982. © Estate of Jean-Michel Basquiat Licensed by Artestar, New York - photo : © Robert McKeever

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Cet article est issu du numéro 169 de Philosophie magazine « Complotisme. Pourquoi se raconte-t-on des histoires ? », en kiosque le 27 avril 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À Paris, la Fondation Louis-Vuitton met à l’honneur le travail commun de ces deux artistes. Leurs échanges ont provoqué une révolution esthétique, où il s’agit désormais moins de voir la peinture que de l’entendre.

 

« Un million de toiles », c’est le fruit revendiqué par Jean-Michel Basquiat de sa collaboration avec Andy Warhol. En réalité, cent soixante œuvres auraient été réalisées à « quatre mains », dont soixante-dix sont accrochées à la Fondation Vuitton à l’occasion de cette exposition. Plus de trente ans séparent les artistes, tous deux déjà renommés lorsqu’ils se rencontrent en 1982, à l’initiative de leur galeriste, mais ils se lient rapidement. Basquiat admire le maître du pop’art depuis l’adolescence et, dès leur premier entretien, il peint en quelques heures un portrait d’eux, qu’il expédie à son idole. Dos Cabezas (photo) les représente côte à côte, sinon d’égal à égal. La rapidité d’exécution du jeune homme impressionne Warhol ; elle restera leur marque de fabrique. Basquiat commence par rehausser les sérigraphies de son aîné, en les complétant de ses annotations et de ses collages. Mais rapidement l’échange s’enrichit : l’un commence une toile, l’autre la finit. Enfin, les deux artistes créent dans le même atelier, jusqu’en 1985, au moment où leur relation se distend. Warhol meurt deux ans plus tard et Basquiat prématurément d’une overdose, l’année suivante. Ensemble, ils auront incarné un bouleversement esthétique que le critique américain Harold Rosenberg qualifie, plus globalement, de « dé-définition de l’art ». Sous ce titre, il fait paraître en 1972 un essai proposant une réflexion sur la production artistique contemporaine, qui repose sur le détournement des objets quotidiens et la confusion des genres… au point que « la définition de l’art devient incertaine ». Selon lui, « le risque est qu’il ne reste plus rien de l’art sauf l’artiste, c’est-à-dire une fiction ». Dans ses séries, Warhol recycle en effet les objets de consommation quand Basquiat pratique un mélange caractéristique de figures inquiètes, de signes, de mots, de grattages et de ratures, sur des supports recyclés, parfois trouvés dans la rue. Que reste-t-il de l’œuvre, dès lors qu’elle est privée de sa dimension esthétique ? Une interprétation. « Toute œuvre contemporaine provoque un conflit entre l’œil du spectateur et son esprit, écrit Rosenberg. L’œil seul est incapable de rentrer dans un système intellectuel qui, par exemple, distingue entre art et non-art. Pour cela, il faut le langage. Il n’est pas exagéré de dire qu’aujourd’hui la peinture est appréhendée par l’oreille. » Actuellement, à la Philharmonie de Paris, une autre exposition, Basquiat Soundtracks, met d’ailleurs à l’honneur jusqu’au 30 juillet le Basquiat musicien, fondateur d’un groupe de rock d’avant-garde, joueur de clarinette et de synthétiseur, amateur de jazz et de hip-hop. Un art du mix ?

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