Le concept du moment
Bon ou mauvais plan ? Qui a inventé la planification ?
Henri de Man, le 1er janvier 1930 ( homme politique belge -1886-1953). ©Roger-Viollet
François Bayrou vient d’être nommé par le Premier ministre Jean Castex à la tête du Haut-Commissariat au Plan, organisme supprimé en 2006 après avoir accompagné les Trente Glorieuses. Mais d’où vient cette idée de planification de l’économie ? De Lénine, partisan d’une économie dirigée par l’État et débarrassée du capitalisme ? Pas vraiment : si le Gosplan (Comité d’État pour la planification) est créé en février 1921, son action est empêchée par la Nouvelle Politique Économique (NEP) instaurée à regret par Lénine pour redonner un peu d’air à l’économie. Il faudra attendre Staline et ses plans quinquennaux, à partir de 1929, pour que l’économie planifiée voie vraiment le jour en URSS. Le véritable créateur du « planisme » est un théoricien et homme politique belge, Henri de Man. Voici ce qu’il propose, en 1934.
Le manifeste d’Henri de Man en faveur de la planification de l’économie dans L’Idée socialiste (Grasset, 1935). Extraits. Pas certain que François Bayrou apprécie…
« La crise économique actuelle est une crise de régime. Elle résulte de ce que l’évolution du capitalisme, après avoir été progressive, est entrée dans un stade régressif.
Cette évolution se manifeste principalement sous trois aspects:
(a) la prédominance du capital financier se substituant à celle du capital industriel ;
(b) le régime des monopoles substitue à celui de la concurrence dans les positions de commande de la vie économique ;
(c) le nationalisme économique substitué à l’expansion cosmopolite du marché mondial.
[…]
Le mouvement ouvrier […] doit remplacer sa doctrine déterministe (et, au fond, d’origine capitaliste) des crises par une politique volontariste, dont l’objectif limite mais immédiat est de résorber le chômage et de vaincre la crise.
Les objectifs de cette politique doivent être fixés de façon à être réalisables par les moyens d’action dont on dispose dans le cadre national et par la réorganisation du marché intérieur.
[…]
Pour que l’extension et le renforcement de l’autorité de l’État qui découlent de cette nouvelle fonction économique ne conduisent pas à un étatisme bureaucratique à l’intérieur et impérialiste à l’extérieur, il faut que l’État économique nouveau se constitue sous des formes différentes de celles de l’État politique ancien : organisation corporative autonome des entreprises nationalisées ou contrôlées par l’État, déparlementarisation des procédés de contrôle, révision de la doctrine des pouvoirs, etc.
[…]
Aux programmes, il faut substituer le plan. Le succès de toute tentative d’économie dirigée présuppose un ensemble de mesures qui se conditionnent mutuellement et qui, pour se réaliser par étapes, doivent être échelonnées et coordonnées dans le temps. En outre, le Plan, a la différence du programme, constitue, à l’égard de ceux que l’on veut y rallier par la propagande, un engagement précis d’utiliser le pouvoir en vue d’un objectif limite mais dont la réalisation doit commencer immédiatement et s’accomplir en ayant une durée limitée. »