Entretien exclusif
Boris Cyrulnik : “L’interdit du meurtre n’est pas une notion innée chez l’enfant”
Boris Cyrulnik en 2019. © Ludovic Marin/AFP
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[Mise à jour 11 octobre 2024 : à l’approche du tragique quatrième anniversaire de la mort de Samuel Paty, nous republions cet entretien initialement paru en 2020]
L’assassin de Samuel Paty était âgé de 18 ans. Certaines personnes impliquées dans cette affaire sont plus jeunes encore. Dans quelle mesure un mineur peut-il être moralement responsable de ses actes ? Le regard de Boris Cyrulnik.
Pourquoi les mineurs sont-ils jugés moins responsables de leurs actes que les majeurs ?
Boris Cyrulnik : Jusqu’à l’adolescence, un enfant est déterminé par le monde qui l’entoure. Les causes de ses actions trouvent leur origine dans la famille, l’école, le quartier. Il fait ce qu’on lui apprend. N’étant pas à la source de la décision, il ne peut être jugé responsable de ses actes. À l’adolescence, un virage s’opère. Progressivement, le jeune se détermine par rapport à lui-même et devient donc davantage responsable de ses actes. Ce virage s’effectue de manière différente selon les genres, les âges et les conditions socio-culturelles. Chaque enfant évolue à son propre rythme : un jeune peut être pleinement responsable dès 13 ou 14 ans. On sait par exemple que les enfants qui grandissent dans des pays en guerre sont responsables beaucoup plus tôt que ceux vivant dans les pays sécurisants, à grand confort social.
Comment expliquer ces différences de développement moral chez chaque adolescent ?
La moralité de l’enfant s’acquiert graduellement selon le contexte affectif, familial et socio-culturel de l’enfant. Son perfectionnement dépend en grande partie de la façon dont l’enfant a développé sa capacité d’empathie envers les autres. L’empathie, c’est-à-dire l’aptitude à se décentrer de soi pour se représenter le monde des autres, est en effet la valeur cardinale qui permet de développer son sens moral. De nombreux enfants ont un retard d’accès à l’empathie car ils ne sont pas poussés à se confronter à d’autres mondes mentaux. À l’inverse, si le milieu où évolue l’enfant est stable et sécurisant, il aura davantage tendance à s’ouvrir à l’altérité.