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Chaos en Haïti : de quoi les gangs sont-ils le nom ?
Jimmy Chérizier, ancien policier d’élite connu sous le nom de Barbecue, dirige le gang du G9 et du “vivre ensemble” à Port-au-Prince, en Haïti, le 5 mars 2024. © David Lorens Mentor/Maxppp
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En proie à une instabilité chronique depuis quarante ans, Haïti connaît aujourd’hui une situation proprement chaotique. Depuis l’assassinat du président de la République, Jovenel Moïse, en juillet 2021, jusqu’à la démission du Premier ministre, la semaine dernière, la fragilité de l’État n’a cessé de croître en même temps que s’est consolidée la puissance des gangs. Pour comprendre la situation, il semble nécessaire d’interroger la nature même de cette instance atypique qu’est le gang.
Ils ont obtenu sa démission : à force de menaces et de violences en tout genre perpétrées par les puissants gangs qui gangrènent Haïti, le Premier ministre et chef d’État de facto Ariel Henry a finalement quitté son poste le 11 mars dernier. Parti chercher un soutien sécuritaire auprès du Kenya, le chef du gouvernement a été tout bonnement empêché de regagner l’île caribéenne par Jimmy Chérizier, surnommé « Barbecue », le plus puissant chef de gang du pays ayant pris d’assaut l’aéroport international. Ce dernier, qui avait menacé de plonger le pays dans « la guerre civile » et de déclencher un « génocide » si Ariel Henry ne quittait pas le pouvoir, a donc manifestement obtenu ce qu’il voulait. Reste à savoir comment les choses vont évoluer dans un contexte absolument anarchique marqué par des meurtres, des enlèvements et des viols quotidiens faisant de l’île, déjà soumise à une grande pauvreté et à des catastrophes climatiques à répétition, un enfer plus infernal encore.
Avec et contre l’État
La démission du Premier ministre n’est en fait que le dernier épisode en date d’un cycle d’instabilité et de violence endémique que connaît le pays depuis la fin de la dictature du père et du fils Duvalier, à la tête de l’État entre 1957 et 1986. Le coup d’arrêt porté au pouvoir sanguinaire de « Papa » et « Bébé Doc » n’a pas suffi à enrayer le cycle de la brutalité, marquant au contraire un mouvement de compromissions grandissantes entre l’État et les oligarques haïtiens avec les gangs, généralement employés à des fins de répression de mouvements de contestation. C’est surtout à partir de 2018 que le phénomène est apparu au grand jour, avec le massacre des habitants de La Saline, ce bidonville de la capitale d’où étaient parties des manifestations d’ampleur contre la vie chère et la corruption et à l’issue desquelles 71 personnes avaient trouvé la mort. Les Nations unies avaient alors pointé la responsabilité d’acteurs gouvernementaux et institutionnels, dont, déjà, Jimmy Chérizier, alors policier membre d’un corps d’élite. Comme lui, des agents de la répression régulièrement mobilisés par le parti du président Jovenel Moïse ont commencé à prendre leur autonomie et à continuer leurs basses œuvres pour leur propre compte, se coalisant dans des gangs de plus en plus importants.