Le réflexe socratique
Choses vues pendant la grande panne électrique en Espagne
Pendant la panne massive d’électricité et de réseau mobile qui a frappé toute la péninsule ibérique, l’Espagne et le Portugal. Ici à Barcelone (Espagne), le 28 avril 2025. © Albert Llop/NurPhoto/AFP
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Que devient le monde lorsque la fée électricité nous lâche ? Notre journaliste Alexandre Lacroix raconte son expérience de la grande panne à Séville, en Espagne, et puise dans sa lecture de Heidegger pour en tirer quelques leçons philosophiques.
Je fais partie de ceux qui ont vécu de l’intérieur la panne d’électricité géante qui a frappé l’Espagne et le Portugal.
Ce lundi 28 avril 2025, j’étais à Séville. La panne est survenue dans la matinée, moment où je me promenais au hasard des rues dans le centre historique. Ce qui est révélateur de notre dépendance à la technologie, c’est que je me suis aperçu que quelque chose clochait non parce que j’ai remarqué une anomalie dans le monde réel, mais parce que je n’arrivais plus à faire fonctionner Google Maps, pour retrouver mon chemin vers la Fabrique de tabac où j’avais rendez-vous avec des amis. J’ai redémarré mon téléphone, ouvert et fermé l’application plusieurs fois, avant de comprendre que je n’avais plus de connexion Internet. J’ai voulu appeler mes amis pour les prévenir de mon retard, mais ne pouvais pas me servir du téléphone non plus, il n’y avait pas de réseau. C’est alors que les signes de la rupture de courant ont commencé à devenir patents. Je me suis mis à entendre de multiples sirènes de pompiers et de police. Comme les feux rouges de cette ville de près de 700 000 habitants se sont brusquement éteints, les collisions se sont multipliées, il y avait des accidents à tous les coins de rue. De gigantesques embouteillages ont commencé à se former aux carrefours. Les magasins étant éteints, l’une des premières pensées qui m’est venue est que, si la panne se prolongeait, on allait vers un monstrueux gaspillage alimentaire : l’ensemble du contenu des congélateurs, les viandes et les poissons, les glaces, les victuailles accumulées dans cette ville hyper-touristique allaient vite se trouver incomestibles…