Société

Comment le Covid a perturbé notre boussole temporelle

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Comment le Covid a perturbé notre boussole temporelle

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« Je ne me rappelle plus si c’était il y a six mois ou il y a deux ans », « On est mardi ou mercredi, déjà ? »… Nous sommes nombreux à avoir ressenti une distorsion du temps à l’issue des confinements que nous avons vécus au cours de la pandémie. Et ce trouble semble persister. Comment l’expliquer ?

 

Plusieurs études, dont une sortie le mois dernier dans la revue américaine Psychological Trauma, confirment ce dont beaucoup d’entre nous avaient l’intuition : le Covid a perturbé notre notion du temps. Mené sur plus de 5 000 Américains, ce travail explique que la majorité des personnes interrogées (65%) ont ressenti une distorsion de la temporalité au plus fort de la crise, avec l’impression d’un temps qui passait plus vite ou lentement durant les confinements, et une moindre capacité à se repérer dans les jours (46%).

Un néologisme est né de ce sentiment de confusion, avec le jeu de mots « blursday » – « jour flou » en anglais, pour désigner la sensation d’être dans un jour de la semaine qu’on n’arrive pas à déterminer –, qui a même fait son entrée dans les dictionnaires d’Oxford. Chez certains, la confusion persiste encore aujourd’hui, tant et si bien que des exercices de rééducation leur sont proposés.

Expérience bergsonienne

La philosophie peut nous aider à saisir ce phénomène, notamment celle d’Henri Bergson. Dans son Essai sur les données immédiates de la conscience (1889), Bergson fait une distinction fondamentale entre le temps objectif, celui des montres, horloges et calendriers, que la science fragmente en instants, et la durée, le temps subjectif, vécu. Si vous assistez à une conférence ennuyeuse, vous aurez beau voir que votre montre vous confirme qu’il ne s’est écoulé que vingt minutes depuis le début, vous ne pourrez vous défaire de l’impression que l’ensemble dure depuis plus d’une heure. À l’inverse, si vous visionnez un film tout à fait haletant, vous serez surpris, en voyant apparaître le générique de fin, de constater que plus de deux heures se sont écoulées alors que vous pensiez n’être devant votre écran que depuis une demi-heure.

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