Essai

Comment supporter la souffrance du monde ? Les trois réponses des philosophes

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Comment supporter la souffrance du monde ? Les trois réponses des philosophes

© Arya Praditya/Unsplash

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Alors que nous sommes assaillis, presque quotidiennement, de nouvelles plus anxiogènes les unes que les autres sur la perspective d’une guerre généralisée, la maltraitance des enfants ou la violence sociale, Audrey Jougla, professeur de philosophie et essayiste, s’est posé une question simple mais fondamentale : les philosophes peuvent-ils nous aider à faire face ? Au fil de ses lectures de Kant, d’Augustin et de Laurence Devillairs, elle a trouvé trois réponses distinctes, qui sont aussi trois manières d’affronter au quotidien la dureté des temps. 


 

La fatigue informationnelle est un concept récent qui désigne cette lassitude, allant jusqu’à l’écœurement, que nous éprouvons face à un flot perpétuel d’actualités, véritable fleuve de nouvelles angoissantes suscitant l’indignation, la colère ou l’anxiété. Il y a, certes, l’impression d’être dépassé, de ne pas parvenir à suivre une actualité toujours brûlante, mais plus profondément, cette fatigue est celle d’un étrange rapport face à la souffrance du monde. À davantage la connaître, on se sent d’autant plus impuissants. Comment supporter cette souffrance à laquelle nous sommes sans cesse confrontés ? 

Trois remèdes peuvent permettre, non pas d’éviter ou de nier, mais de faire face à ce monde qui va mal.

L’insupportable impuissance

Tout part d’un mal-nommé « fait divers », relaté dans un article qui me parvient. Il s’agit d’un procès au tribunal de Nantes, pour un acte de maltraitance infantile particulièrement sordide et que j’aurais aimé ne jamais connaître. Bien des jours plus tard, me voilà encore hantée par ce qu’a vécu cet enfant, obnubilée par les moyens d’éviter de telles situations, repensant aux signaux d’alerte décrits et qui n’ont pas suffi. Se surajoutent ensuite des témoignages de civils en zone de guerre, de nouveaux-nés privés de soins dans des hôpitaux, et la liste dont chacun se doute, qui n’en finit pas. Nous avons tous vécu ce désarroi, et en parler autour de soi n’est qu’un exutoire éphémère, risquant même de nous faire passer pour le trouble-fête de service. 

Abreuvés comme jamais auparavant d’informations majoritairement anxiogènes, proches ou lointaines, nous sommes heurtés par une confrontation forcée avec ce mal dont on connaît bien trop l’existence. À l’insupportable ou au tragique des informations s’additionne notre impuissance : savoir sans agir nous renvoie à une position de complicité, un consentement tacite, que l’on refuse. Mais que peut-on faire ? 

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