En quête d’un nouvel érotisme

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(cc) Unsplash / Mike Dorner

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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’homme est-il un loup pour la femme ? L’affaire Weinstein et la libération de la parole qui s’en est suivie ont fait éclater cette question en plein jour. Et si cette prise de conscience permettait d’inventer un désir partagé, proche d’un vertige métaphysique ?

La scène se déroule au musée d’art moderne de Stockholm. Anne est une jeune journaliste branchée, soucieuse de morale et d’authenticité, mais privée de confiance en elle. Christian est le directeur du lieu, père de famille divorcé, séducteur sensible et intelligent, mais dérouté par les attentes contradictoires de son interlocutrice. Ils se sont rencontrés la veille dans un cadre professionnel et ont passé la nuit ensemble. Une histoire qu’il croyait sans lendemain. Jusqu’à ce qu’Anne vienne l’interpeller sur son lieu de travail.

Elle. — Est-ce que tu couches avec plein de femmes ?

Lui. — C’est un peu intime comme question ?

Elle. — Quand tu es en moi aussi, c’est intime…

Lui. — Mais quel est le rapport ?

Elle. — Je te demande si tu fais ça souvent. Ça t’arrive souvent d’entraîner des femmes, que tu ne connais pas bien, pour coucher avec et être en elles ?

Lui. — Je ne sais pas…

Elle. — Je commence vraiment à te cerner.

Lui. — Ah oui ?

Elle. — Je pense que tu aimes profiter de ton statut, c’est-à-dire de ton pouvoir, pour attirer les femmes et accumuler les conquêtes.

Lui. — J’ai couché avec toi grâce à ça ?

Elle. — Je ne parlais pas pour moi.

Lui. — Tu ne parlais pas pour toi ? Toi, ça ne t’excite pas. […] C’est si dur à avouer, que le pouvoir est attirant ? Avoue-le.

Elle. — Ce n’est pas vrai pour moi.

Lui. — Ah non ?

Elle. — J’avoue un autre truc.

Lui. — Je suis fier de t’avoir conquise.

Elle. — Ah oui ? Fier de m’avoir ?

Lui. — Tu es une sacrée… Tu es une sacrée prise.

 

Qu’est-ce que le désir ? Et quel est son rapport avec le pouvoir ? Y a-t-il dans l’attraction que deux êtres ressentent l’un pour l’autre, dans le plaisir et la jouissance qu’ils peuvent se donner, une part mystérieuse et secrète qui leur confère une emprise l’un sur l’autre ? Quand et comment cette emprise devient-elle harcèlement, viol ou violence ? Lorsqu’un homme et une femme entrent dans une relation érotique, cette relation a-t-elle la même signification pour chacun d’eux ? L’homme est-il ce prédateur qui cherche à accumuler les conquêtes pour affirmer sa virilité, comme le croit Anne ? Et la femme, si soucieuse soit-elle de faire durer la relation, est-elle, elle aussi, secrètement attirée par le pouvoir de son séducteur, comme le pense Christian ? Ou faut-il faire fi de ces clichés, pour envisager que, dans et grâce à la sexualité, hommes et femmes puissent se défaire de leurs rôles sociaux, jouer et renverser les normes établies, pour affronter, à nu, leur condition ?

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