Hors-série "Les Lumières"
Esprit des Lumières, où es-tu ?
Cet article est issu du Hors-série n°N°32 de Philosophie magazine « Les Lumières. Face au retour de l’obscurantisme », en kiosque le 31 janvier 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Plusieurs philosophes, depuis la Renaissance, ont ouvert la voie aux penseurs des Lumières. On peut esquisser leur contribution à partir de quelques mots-clés synthétisant les idées-forces autour desquelles s’élaborera la pensée des Lumières. Hommage aux précurseurs.
La Renaissance
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Homme
Pic de la Mirandole (1463-1494 ; italien)
L’homme est un être à la nature indéterminée et plastique, un « caméléon ». Pour le génie de la Renaissance, Dieu a créé l’homme comme une « œuvre sans traits distincts ». À la différence des plantes ou des animaux, il n’a pas de destin fixé d’avance ; il peut s’inventer, se perfectionner grâce à sa raison et son intelligence. •
« Tel un statuaire qui reçoit la charge et l’honneur de sculpter ta propre personne, tu te donnes, toi-même, la forme que tu auras préférée »
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Éducation
Érasme (1469-1536 ; hollandais)
Comment accéder à la pleine humanité, c’est-à-dire à la liberté ? Par l’éducation, répond Érasme. Érudit et lui-même précepteur, il est l’inventeur d’une pédagogie nouvelle et visionnaire, qui passe par l’apprentissage du grec et du latin, de ces « lettres qui vous rendent plus humains », et se montre soucieuse de la spécificité des enfants.
« L’homme ne naît pas homme, il le devient »
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Doute
Montaigne (1533-1592 ; français)
Sa devise dit tout : « Que sais-je ? » Montaigne remet en question toute prétention à détenir la vérité, cette vanité humaine, trop humaine. Son scepticisme est un acide critique qui dissout le dogmatisme en religion, en science, en philosophie ; c’est aussi une invitation à entendre la pluralité des opinions, lesquelles sont toujours matière à « défiance » et « débat ».
« Il n’y a que les fols certains et résolus »
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Progrès
Descartes (1596-1650 ; français)
Comme son contemporain Galilée, il soutient que le monde est écrit en langage mathématique. La nature se confond avec la matière, où tout obéit à des relations mécaniques de cause à effet. Cette rationalisation intégrale ouvre un horizon prométhéen : la connaissance scientifique doit permettre l’essor de techniques et de procédés « utiles à la vie ».
« … et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » Discours de la méthode (1637).
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Contrat
Hobbes (1588-1679 ; anglais)
Révolution en politique : l’État n’a plus de fondement transcendant, c’est une construction humaine, volontaire. Hobbes théorise l’état de nature comme « une guerre de tous contre tous », où la peur est perpétuelle. Pour en sortir, les hommes décident par « convention » mutuelle de confier l’autorité au « Léviathan », garant de la paix de la sécurité.
« J’autorise cet homme ou cette assemblée, et je lui abandonne mon droit à me gouverner moi-même »
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Nature
Spinoza (1632-1677 ; hollandais)
« Dieu, c’est-à-dire la Nature » : même s’il se défend d’être athée, Spinoza sape la croyance en un Dieu créateur, révélé et extérieur au monde. Identifié à la Nature, Dieu est la totalité dans laquelle nous vivons. Il faut démonter les rouages des préjugés, de la superstition : Dieu n’est pas personnel, il ne récompense ni ne punit ; il n’existe aucun plan, aucun finalisme à l’œuvre dans les phénomènes naturels.
« La volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance »
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Tolérance
Locke (1632-1704 ; anglais)
La séparation des Églises et de l’État : son credo. En libéral, Locke cantonne le gouvernement à la protection des droits et intérêts des citoyens (la liberté, la santé, la propriété…) Il n’a pas à s’occuper du « soin des âmes ». Si elles ne menacent pas le bien public, les associations religieuses doivent être respectées et autonomes.
« Que le magistrat prenne bien garde à ne pas abuser de son pouvoir et à ne point opprimer la liberté d’aucune Église »
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Universel
Leibniz (1646-1716 ; allemand)
Esprit encyclopédique (métaphysicien, mathématicien, juriste, philologue, géologue…), il bâtit un système qui saisit l’intégralité du réel. Dans l’Univers, tout a une raison d’être ainsi et pas autrement ; tout est composé d’éléments premiers, les « monades ». Grâce à une telle unité dans la diversité, le monde est un concert harmonieux.
« En vertu du parfait ordre établi dans l’Univers, tout est fait le mieux qu’il est possible »