Biologie
Et si les plantes parlaient ?
Photographie issue de la série “Nous somme faits de nature” (2008). © Flore-Aël Surun/Tendance Floue
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Dans un entretien récemment paru, le professeur agrégé de littérature Xavier-Laurent Salvador insiste sur le développement de la « linguistique végétale », qui montre la richesse de la communication entre les plantes, mais aussi entre les plantes et les insectes. S’agit-il pour autant d’un langage ?
Les plantes parlent-elles ? Si elles le font, c’est à coup sûr au moyen d’un langage qui ne ressemble pas vraiment au nôtre : un langage « non verbal », un « parler sans mots », comme le note la botaniste Monica Gagliano en introduction de l’ouvrage collectif The Language of Plants (« Le Langage des plantes », University of Minnesota Press, 2017). Les végétaux sont apparemment muets. Et pourtant, ils sont de « nature étonnamment “bavarde” » : les plantes émettent des informations, communiquent, manipulent des signes, etc. C’est l’enjeu de la linguistique végétale, en plein développement ces dernières années, que de comprendre le fonctionnement de ce « langage intrinsèque » radicalement différent du langage humain, la logique des « modes de communication » et « d’expression propre aux plantes » sans les discréditer d’emblée au motif que ceux-ci ne ressemblent pas à la communication et l’expression humaines.
L’idée d’un langage des plantes n’est à vrai dire pas nouvelle. En 1983, deux études se penchent sur un étrange phénomène : certains arbres sains situés non loin d’autres arbres attaqués par des prédateurs sécrètent, en prévision de l’agression imminente, des substances répulsives. Comment savent-ils qu’il faut réagir ainsi ? Dans son article « Responses of Alder and Willow to Attack by Tent Caterpillars and Webworms: Evidence for Pheromonal Sensitivity of Willows » (« La réaction des aulnes et des saules face aux attaques de chenilles à tente : des saules réceptifs aux phéromones »), le zoologiste David Rhoades affirme qu’ils ont été avertis du danger par les arbres alentour. Ian Baldwin et Jack Schultz parviennent à des conclusions similaires dans leur étude « Rapid Changes in Tree Leaf Chemistry Induced by Damage: Evidence for Communication Between Plants » (« La mise en évidence d’une communication entre végétaux par les modifications rapides dans la chimie des feuilles endommagées »).