Les philosophes face à la guerre
Eva Illouz : “Il n’est plus du tout évident que l’intérêt personnel guide l’action de Poutine”
Eva Illouz. ©Corinne Kern
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Face à la guerre menée par la Russie sur le sol européen, il est plus que jamais indispensable de parvenir à comprendre à ce qui nous arrive, sur le plan politique, social, mais aussi existentiel, éthique et métaphysique. Nous avons demandé à plusieurs philosophes de nous livrer leurs réflexions.
Aujourd’hui, la sociologue et philosophe Eva Illouz, qui étudie les liens entre vie affective et capitalisme, et observe avec attention les mutations du monde contemporain, nous alerte sur la logique de Vladimir Poutine, qui n’obéit pas forcément à la poursuite de l’« intérêt bien compris ». Et avertit des conséquences économiques et sociales du conflit dans nos pays habitués à la consommation facile.
« Une guerre est vite déclarée quand un État est sous la coupe d’un monarque absolu, disait Emmanuel Kant. Pourquoi ? Parce que même en temps de guerre, un tel souverain continue sans problème à jouir des plaisirs ordinaires de la vie. “Il peut donc la décider pour des causes futiles, comme s’il s’agissait d’une partie de plaisir”, précise le philosophe allemand. Cette formule met le doigt sur les deux questions clés soulevées en ce moment : pour quelle raison futile Poutine a-t-il déclenché cette guerre, et jusqu’où ira la partie de plaisir pour le dirigeant russe – en particulier face aux sanctions appliquées par l’Occident ?