Faites la guerre (avec de l’amour)

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Cet article est issu du numéro 99 de Philosophie magazine « Nomades contre sédentaires », en kiosque le 28 avril 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Machiavel a vu l’Italie de son temps déchirée par des conflits incessants menés par des condottiere et des armées de mercenaires. De quoi lui faire dire que, pour avoir la faveur des armes, un pacte entre l’État et ses citoyens-soldats est indispensable.

En 1519, Machiavel commence à écrire L’Art de la guerre, seul texte important qui soit publié de son vivant par les éditeurs florentins Giunta, en août 1521. Dans ce texte, conçu comme un dialogue entre le condottiere Fabrizio Colonna et les jeunes républicains qui fréquentent les discussions des Orti Oricellari [les jardins du palais Rucellai, à Florence], Machiavel entend « écrire ce qu’il a compris de l’art de la guerre », car il estime « du fait de ce qu’il a vu et lu » qu’il n’est pas impossible de rendre à la milice de son temps « quelque forme de la vertu du passé ». Il rappelle ainsi d’emblée les deux piliers de sa méthode de travail qu’il avait exprimée dans une formule plus développée dans la lettre de dédicace du Prince (« ce que j’ai appris par la longue expérience des choses modernes et la continuelle lecture des anciennes ») et s’inscrit dans une période historique marquée, depuis l’arrivée en Italie des troupes françaises de Charles VIII en 1494, par des guerres continuelles.

Machiavel développe, dans L’Art de la guerre, une polémique contre ceux qui prônent l’incompatibilité entre vie civile et vie militaire – défendant au contraire une vision de la guerre comme étant un lieu d’apprentissage de la bravoure et de l’intelligence politique – et il s’en prend aux princes de son temps qui, malgré l’évidence des « merveilleuses défaites » – expression ironique par laquelle il raille ces nobles ignorants et sans courage qui n’ont rien appris des revers qu’ils ont subi –, demeurent dans la même erreur et vivent dans le même désordre. Il situe ainsi son texte dans une conjoncture politico-militaire précise, ce qu’il nomme une « qualité des temps ». Puis, il fait énoncer par Fabrizio une thèse centrale pour sa conception de la politique et de la guerre, celle du lien d’amour nécessaire entre le capitaine et ses soldats, qui est sans doute l’une de ses intuitions théoriques et éthiques les plus fortes.

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